9782714441188

 

Édition : Belfond

Parution : 2006 pour la présente édition

Classement : Roman

 

Depuis que je suis inscrite sur Babelio mes envies de lecture se sont multipliées par dix et je ne cesse de repérer des bouquins qui me tentent terriblement. Le roman de madame Shriver fait partie de ceux dont j'ai noté le titre sur un bout de papier, interpellée par les avis positifs et par la quatrième de couverture :

Eva écrit à son mari Franklin dont elle est séparée. Au fil des lettres, elle rapporte la vie de couple et de parents qui fut la leur, et tente de comprendre les raisons qui, deux ans auparavant, ont poussé leur fils Kevin à abattre froidement neuf personnes dans son lycée. Seul le genre épistolaire pouvait retracer l’itinéraire d’un enfant meurtrier et explorer la psychologie d’une mère étranglée par la culpabilité.

J'essaie de toujours d'écrire mes chroniques « à chaud », c'est à dire dés que j'ai refermé l'ouvrage dont il est question. Ce blog regroupe des réactions, des émotions, des avis partiales mais j'avoue que je parviens toujours à prendre un léger recul intellectuel. Généralement j'arrive, malgré les émotions que peuvent provoquer chez moi la littérature, à garder la tête froide. Aujourd'hui je ne suis pas certaine que ce sera le cas. Je suis trop remuée par Il faut qu'on parle de Kevin pour modérer mon ardeur. Et pour une fois je me fous de paraître un peu dithyrambique dans mes commentaires. Je pense que ce roman est génial, magnifique, dérangeant, intelligent, riche et complexe. Si vous cherchez une thèse sur le pourquoi des gamins commettent de tels massacres, passez votre chemin. Si vous voulez une démonstration littéraire pour nous dire que les parents sont forcément coupables, n'ouvrez pas cet ouvrage. Si au contraire vous désirez que l'on vous explique par A + B qu'un psychopathe peut grandir dans une famille tout à fait normale et que le mal existe, n'achetez pas ce livre. Il n'y a aucun réponse. Ceci n'est pas un essai de psychiatrie mais un grand roman qui nous parle de nos terreurs les plus absolues. Un livre qui dépeint admirablement une femme profondément humaine et détruite par une tragédie aussi terrible que ce qu'a fait son fils : il n'y aura jamais de réponse. Elle ne saura jamais avec certitude ce qui aura mené Kevin a devenir ce qu'il est.

Bien que le récit aborde une situation extrême, il nous parle aussi de choses beaucoup plus communes. Lorsqu'Eva explique la naissance de son fils, sa difficulté à faire le lien avec ce bébé, avec cet étranger, quand elle parle du fait qu'elle fouille ses propres émotions avec désespoir sans parvenir à trouver cet amour maternel tout-puissant qu'on lui a promis, j'ai été bouleversée. Je suis une femme et je suis une mère, je me suis reconnue dans cette pression que la société nous fait subir, dans cette quête de normalité dans nos émotions : il faut forcément aimer son bébé, tout de suite et sans limite, et déborder de bonheur d'avoir donner la vie, ce qui est forcément un miracle. Alors ce roman est dérangeant, il met mal à l'aise et nous colle quelques baffes dans la tronche. C'est pour cela que je ne peux pas être objective et expliquer de manière pragmatique, citations à l'appui, en quoi il est vraiment bon. Tout ce que je peux finalement essayer d'exprimer c'est l'intensité de ce qu'a provoqué ce roman, cette impression, en refermant Il faut qu'on parle de Kevin, que je ne suis pas sortie indemne de cette lecture. Merci madame Shriver.

 

NOTE GLOBALE : 18 / 20