Culturo-voraces team

08 mars 2015

Bouton magique et viande dans le torchon : l'effet scène de sexe

Quand tu écris sans pour autant commettre un best-seller par an, il va sans dire qu'il serait vain de chercher un quelconque soutien extérieur. Quant à te plaindre de ton « travail » -qui n'en est un que pour toi, rappelons-le...-, ce n'est même pas la peine d'y penser. Et pourtant, pourtant... La route de l'écriture doit être la cousine des trottoirs parisiens tant son pavé en est parsemé de déjections canines, de guanos de pigeons et de peaux de banane, certes métaphoriques mais fort glissantes.

Je ne sais pas pour mes collègues, mais personnellement il y a certaines scènes que je redoute par avance. Et parmi ces quelques ennemis intimes, il y a MON croquemitaine romanesque : la scène de sexe. Parce que j'ai beau faire mille efforts, mes personnages, ces catins de bas-étage, finissent par vouloir leur dose de touche-pipi . Ouais. Sauf que je déteste les scènes de sexe. Là, n'imagine pas que derrière cet écran se cache une âme prude qui détourne les yeux à la moindre vue d'une paire de fesse à la fois virile et pommelée. On en est -très- loin. Non, j'aime lire les scènes de sexe. Je voue même une admiration véritable à des auteurs comme Emma Cavalier, auteur de très chouettes romans érotiques, qui justement a le talent d'écrire des scènes à la fois troublantes, réalistes et poétique -ouais, je me retiens pour ne pas hurler de jalousie-. Donc j'aime lire l'érotisme. Pas l'écrire. Il va sans dire qu'avec ma lâcheté légendaire, je limite cet exercice à quelques passages de-ci de-là.

Et quand je ne peux pas y couper... Ah, quand je ne peux pas ! Laisse-moi te dire que j'ai rencontré assez de mauvaises scènes de sexe dans mes lectures pour savoir à quel point l'exercice est périlleux -même sans tenter les pires positions du Kamasutra comme la chaise à porteur ou la grande ourse-. Deux résultats désastreux te guettent quand tes personnages ont décidé de copuler sans vergogne : l'effet bouton magique et l'effet viande dans le torchon. Tu veux des détails ? Ce sera à tes risques et périls, ami lecteur.

Commençons par l'effet bouton magique. Cherche pas de logique derrière ce nom mys-té-rieux. Cela provient d'un ouvrage d'amûr dans la collection Passions Intenses -J'ai Lu- où l'auteur -dont je ne me souviens absolument pas le nom- utilisait les pires métaphores possibles. Dont « bouton magique » pour le clitoris. Sans pour autant évoquer des cas aussi extrêmes, je ne compte plus les romans dans lesquels le vocabulaire imagé quand il se rapporte au sexe confine au ridicule. La compétition des pires comparaisons fait parfois rage, tel un match de boxe littéraire et sanglant. J'imagine bien la chose :

Mesdaaaaaaames et messieurs, d'un côté du ring, pour représenter le côté féminin nous avons l'équipe des Boutons Magiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiques ! Avec « Dentelles intimes », « Téton crispés », et « Caverne humide » ! De l’autre côté, se tient la team masculine des « Virilités palpitantes », composée de « Érection de marbre » « Colonne de chair » et « Glaive de désir ». Qui remportera ce combat ?!

L'effet bouton magique se trouve particulièrement dans les romances féminine. Bref trop de pudeur quand on écrit une scène de sexe peut rapidement se traduire par une langue de bois tout à fait hors de propos -et fort peu pratique pour du sexe oral réussi-.

A l'autre extrême existe l'effet viande dans le torchon. Là, je pense que tu as déjà une vague idée de ce dont je parle. C'est lorsque l'auteur, plein de fougue, plein d'audace, décide d'appeler une bite une bite. Et même de faire dans le cru. Sauf qu'il faut savoir doser. Sinon on ne se retrouve pas dans l'univers délicieusement troublant de l'érotisme de bon goût mais bien dans le pays merveilleux de la viande dans le torchon, sponsorisé par Kradenenbourg et par la corporation des Bouchers de France. Et personnellement je ne suis pas fan des « Prends ça, salope » ou de « Il la fourra jusqu'à la garde tant elle était trempée. »

Voilà comment une scène d'une petite page ou deux devient un véritable casse-tête tantrique pendant lequel on s'interroge sur la pertinence d'y mettre les doigts - ou pas.

 

Et si j'écrivais des fables pour la jeunesse ?