9782070440399

 

Édition : Folio

Parution : 2009

Classement : Roman

 

emo coeur

Coup de coeur

 

Je m'appelle Jean Atwood. Je suis interne des hôpitaux et major de ma promo. Je me destine à la chirurgie gynécologique. Je vise un poste de chef de clinique dans le meilleur service de France. Mais on m'oblige, au préalable, à passer six mois dans une minuscule unité de «Médecine de La Femme», dirigée par un barbu mal dégrossi qui n'est même pas gynécologue, mais généraliste! S'il s'imagine que je vais passer six mois à son service, il se trompe lourdement. Qu'est-ce qu'il croit ? Qu'il va m'enseigner mon métier? J'ai reçu une formation hors pair, je sais tout ce que doit savoir un gynécologue chirurgien pour opérer, réparer et reconstruire le corps féminin. Alors, je ne peux pas – et je ne veux pas – perdre mon temps à écouter des bonnes femmes épancher leur cœur et raconter leur vie. Je ne vois vraiment pas ce qu'elles pourraient m'apprendre.

On ne peut pas vraiment juger de cette œuvre comme d'un roman lambda. Si l'on faisait cela, se préoccuper de la qualité stylistique et narrative avant tout, l'ouvrage de monsieur Winckler n'atteindrait sans doute pas la moyenne. Je vais donc commencer par parler de ces aspects avant d'expliquer pourquoi je les néglige et les raisons de ce généreux 15/20.

« Le Chœur des femmes » a le même défaut majeur que l'autre grande œuvre de Martin Winckler La Maladie de Sachs, sa construction en chroniques (mais après tout ce cher monsieur ne s'est-il pas fait connaître du grand public par ses nouvelles ?) à voix multiples n'est pas toujours des plus heureuses. Les maladresses narratives sont nombreuses. Concernant l'histoire en elle-même j'ai trouvé la fin de l'ouvrage pas très bien ficelée. Trop de coïncidences, trop de mélo, trop de révélations.

Sauf que ne pas pardonner de tels défauts à l'ouvrage de monsieur Winckler serait un non-sens. C'est un livre à lire avec ses tripes et pas avec son cerveau. Un livre militant, idéologique et qui ne fait pas dans la dentelle. Si les ficelles sont grosses, tant pis, ce n'est pas tellement important. Ce qu'il faut retenir de cet ouvrage c'est avant tout les pistes de réflexion qu'il nous donne à voir. Le rapport patient / soignant est complexe et non dénué de rancœurs et de violences de part et d'autre. Lorsque l'on aborde l'intime absolue : le domaine gynécologique, les difficultés se multiplient. J'ai été suivi un temps par un gynécologue certes compétent sur le plan technique mais dont les postures et l'inhumanité ont engendré de vrais souffrances pour moi. Je n'étais pas une patiente à guider, mais j'étais devenue un amas de chair sans volonté et sans intelligence qui se devait d'être contrôlé. Depuis j'ai changé pour un autre patricien avec lequel j'ai une place réelle de patiente, je suis informée, écoutée, guidée. Le livre de Martin Wincler c'est avant tout un livre qui libère la parole, qui donne à entendre la voix des femmes qui ne devraient pas être moralement bâillonnées face à la médecine. Peut-être que « Le Chœur des Femmes » n'est pas un très bon roman mais il m'a fait un bien fou. Et je suis loin d'être la seule.

NOTE GLOBALE : 15 / 20