Challenge questions de genres 16 — Sortir de l’Hétérosexualité — Juliet Drouar

Comme je le disais dans mon billet sur Le Cœur sur la Table, j’avais alors choisi l’ouvrage de Victoire Tuaillon dans l’espoir d’y dénicher des essais à découvrir sur la thématique du couple, de l’amour romantique, du genre,... Et, bien entendu, j’y avais trouvé assez de références pour remplir ma pile de livres à lire… De quoi continuer mon parcours de réflexions sur ces questions
Édition : BINGE AUDIO éditions
Parution : septembre 2021
Genre : Essai
Sincèrement, c’est presque à l’aveugle que j’ai pioché dans la liste des titres que je venais de noter pendant ma lecture du Cœur sur la Table et c’est tombé sur l’essai de Juliet Drouar, Sortir de l’hétérosexualité. En tant que femme cisgenre et hétérosexuelle, le seul titre de l’ouvrage me chuchotait que j’allais particulièrement sortir de ma zone de confort. Comme quoi, même la lecture peut être un saut dans le vide…
Et si nous étions des personnes plutôt que des femmes ou des hommes ?
Notre société trie les enfants à la naissance en fonction de leurs organes génitaux et en déduit leur rôle : homme ou femme, dominant ou dominée. Mais la société ne s’arrête pas à cette différenciation arbitraire. Vient ensuite la mise en relation obligatoire : chaque dominée devra vivre en couple avec un dominant. Le tout, paraît-il, pour assurer la reproduction, donc la survie de l’espèce. Mais dans ce cas, pourquoi être obligé·e de vivre en couple, toute sa vie ? Se reproduire ne prend pas autant de temps... Bien plus qu’une préférence amoureuse ou une nature, l’hétérosexualité n’est-elle pas une contrainte sexiste ?
Sortir de l’hétérosexualité est un manifeste pour une société égalitaire qui produit des personnes plutôt que des hommes et des femmes. Pour une société qui repense la manière de faire communauté, d’habiter, d’aimer, de baiser sans sexisme.
Dès le préambule, Juliet Drouar frappe fort :
« Pas d’hommes, pas de femmes, pas d’hétérosexualité. Pas de sexisme.
Et :
Pas d’hétérosexualité : pas d’hommes, pas de femmes. Pas de sexisme.
Voilà, j’aurais pu m’arrêter là pour ce livre. C’est synthétique, c’est simple, c’est clair. D’ailleurs ce livre n’est qu’une explication et un développement de ces quelques phrases. Ce livre traite simplement de l’éléphant au milieu de la pièce. Quelque chose de si énorme, qui prend tellement toute la place qu’on n’arrive pas à le voir. » (Page 7)
Je crois que c’est là que j’ai compris que j’étais la cible parfaite pour son essai : une femme blanche et hétéro, féministe, qui lutte plus pour les droits des femmes que contre le sexisme. Et, surtout, qui voit encore le monde presque binaire : les hommes – qu’ils soient cisgenres ou trans – et les femmes – même chose -. Je sais bien que les personnes non binaires existent et j’utilise les prénoms qui leur conviennent. Sauf que, sauf que je m’arrêtais là...
Si la vie m’a obligée à ouvrir les yeux sur ces questions, parce qu’une personne que j’aime a entamé sa transition, je ne m’étais pas encore saisie personnellement de cette question. J’ai compté sur cette personne pour m’expliquer, pour me prendre par la main, pour m’éduquer. Quelle feignasse !
Lire Sortir de l’hétérosexualité, c’est donc affirmer qu’il est temps pour moi de prendre mes valeurs à pleines mains et d’accepter d’apprendre pour et par moi-même. Que le moment est venu de regarder les choses en face, sans intermédiaire et, bien sûr, ce faisant, de regarder mon rapport au genre et à l’hétérosexualité dans les yeux.
Pour toutes ces raisons, je suis sortie sonnée de ma lecture de Sortir de l’hétérosexualité, avec l’impression de ne pas avoir vu l’éléphant dans la pièce. J’ai été piquée, plusieurs fois, et il a fallu que je me sermonne, que je me souvienne que non, Juliet Drouar ne m’attaque pas en remettant en cause le système hétérosexuel, qu’il ne s’agit pas du désir que je puisse éprouver et pour qui, mais bien de la manière dont notre société nous oblige à nous construire autour d’une norme.
Au terme de ma lecture, je ne sais pas grand-chose et j’ai du mal, pour le moment, à structurer ma pensée. Il y a une seule chose dont je suis certaine, c’est que je viens de commencer un nouveau cheminement, dans la continuité de ma prise de conscience sur le sexisme. Et que si la route sera longue, elle sera aussi passionnante, émouvante et transformatrice.
Note globale : 15 / 20