Challenge « Ça nous rajeunit pas », année 2009 – La Vague
Au fil des films pour ce challenge, je me rends compte que j’ai tendance à alterner les genres : à la comédie succède le drame et inversement. Comme j’avais consacré la chronique de l’année 2010 à Scott Pilgrim, tout en légèreté, je me suis instinctivement tournée en direction d’une œuvre « sérieuse ». Et quoi de plus sérieux que l’évocation du risque totalitaire ?
Pays : Allemagne
Sortie : 4 mars 2009
Réalisateur : Dennis Gansel
Genre : Drame
Durée : 1h47
Le film de monsieur Gansel n’est pas né de son imagination, cette histoire a eu une vie longue et part d’un fait divers… Nous sommes en avril 1967 et un professeur d’un lycée de Californie, Ron Jones, va organiser une mise en situation pour ses élèves afin de leur montrer de quelle façon le parti nazi a réussi non seulement à accéder au pouvoir mais aussi à manipuler les foules. Soyons franc, ami-lecteur, cette expérience n’a pas laissé de traces écrites datant de cette époque et il semble compliqué aujourd’hui de savoir où se situe la vérité parmi les témoignages parfois contradictoires des protagonistes. Peu importe, cette histoire a fini par inspirer un téléfilm et, surtout, un livre de Todd Strasser. Avec tout cela, certains ont eu tendance à croire que le film de Gansel s’inspirait de faits réels alors qu’en réalité, il s’inspire d’un roman de fiction qui lui-même a été librement inspiré de l’expérience rapportée par Ron Jones, le professeur.
Pourquoi ai-je pris le temps de rappeler tout cela ? Car ma critique ne portera pas sur l’histoire, ni sur le roman (que je n’ai pas lu)…. Non, elle ne concernera que le film de 2009...
En Allemagne, aujourd'hui. Dans le cadre d'un atelier, un professeur de lycée propose à ses élèves une expérience visant à leur expliquer le fonctionnement d'un régime totalitaire. Commence alors un jeu de rôle grandeur nature, dont les conséquences vont s'avérer tragiques.
Dès les premières images, le personnage de Rainer Wenger, est posé avec peu de subtilité ; c’est un prof rock comme le prouve son t-shirt :
Sincèrement cette première scène m’a un peu inquiétée… La suite a eu tendance à confirmer cette crainte : Rainer choisit, chaque année, pour la semaine thématique du lycée dans lequel il enseigne, de parler d’anarchie. Or, un professeur plus prévoyant que lui l’a cette fois doublé et notre héros n’a plus d’autre choix que se coltiner une semaine sur l’autocratie. C’est lors du premier cours que j’ai été soulagée : non, Rainer serait plus qu’un de ces trop nombreux professeurs de cinéma, super cool, audacieux et pédagogue qui permettent la transformation miraculeuse de petites frappes en lecteur assidus de Shakespeare, en écrivain ou en danseur de tango…
Lors de cette première journée, monsieur Wenger se retrouve déstabilisé par ses élèves qui disent en avoir marre d’entendre parler du nazisme et que, de toutes façons, ça ne pourrait pas arriver de nos jours en Allemagne.
Cette confrontation à la certitude des adolescents permet de voir les premières fêlures dans le personnage de Rainer. Il va alors décider de définir avec ses élèves ce qui favorise une autocratie et quels en sont les mécanismes. Suite à cela naîtra La Vague, un mouvement sans vraie autre idéologie que la discipline, l’entraide et le conformisme.
Les élèves seront presque tous embarqués dans l’expérience, sans vraiment se poser de question. L’enthousiasme des gamins ne cessera de grandir ainsi que l’ivresse de leur professeur de les voir si passionnés par son cours. Cet endoctrinement volontaire gagnera très vite en force et notre inquiétude, à nous spectateur, grandira au même rythme.
Parmi les jeunes, un couple sera déchiré par La Vague et je dois bien avouer que j’ai trouvé les acteurs vraiment bons, que ce soit Max Riemelt dans le rôle de Marco – et que l’on peut retrouver dans la série Sense8 – ou Jennifer Ulrich avec le personnage de Karo.
Ce ne sont pourtant pas Marco et Karo qui déclencheront le point culminant de la tragédie qui clôturera La Vague. Il s’agit du personnage de Tim. Alors… Soit, l’acteur qui l’incarne, Frederick Lau, est impressionnant dans sa prestation, qui lui vaudra d’ailleurs un prix…
Ici ce qui m’a un peu agacée n’est pas du fait du comédien, non ce que j’ai trouvé lourd ce sont les gros sabots narratifs de son personnage. Presque dès le début on sait que c’est Tim qui va péter un plomb. Le mec exclu qui peine à trouver sa place alors que La Vague lui permettra de s’intégrer… Le mec délaissé par sa famille et fasciné par les flingues…
Malgré ce côté un peu trop démonstratif, le film de Gansel reste un moment fort de cinéma. Le genre d’œuvre à montrer aux adolescents car il nous interroge sur notre humanité et combien nous sommes tous susceptibles d’être un jour manipulés.
Enfin, La Vague montre que ceux qui résistent à ce genre d’embrigadement font figure d’exception.
Bref, La Vague est un bon film, avec un message parfois un brin démonstratif mais un message dont l’importance prend le pas sur les faiblesses de l’œuvre.
Ma note : 16 / 20










