Oui, oui ami-lecteur, le dernier Culture Pourrie Harlequin date seulement de fin septembre avec une veuve-pas-si-joyeuse et un PDG arrogant… Mais comprend-moi, quand je suis tombée sur Halloween, nuit des masques, une romance de 1989, je n’ai pas pu m’en empêcher et je l’ai lu fin octobre, hommage tordu à Halloween… De toutes façons, rien que la couverture justifierait ce billet… Non mais matte-moi cette citrouille…

 

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Ce court Harlequin – moins de 150 pages, impressions ? Peut-être bien 1000 pages – s’ouvre sur un prologue où on rencontre Lola Connolly, restée seule après une fête dans sa vieille baraque. Et pas n’importe quelle masure hein… Parce que la bâtisse était, un siècle plus tôt, le foyer d’Adrian Brock. Or cet homme est devenu la source d’une légende d’Halloween. En effet, Adrian, un brin instable, faisait tellement flipper les habitants de sa bourgade – son épouse comprise – qu’on le suspecta très vite d’avoir pactisé avec le diable. Ouais, rien que ça. Du coup ils l’ont enfermé dans une mine insalubre, enchaîné et tout et tout. Sauf que le prisonnier finit par se libérer. Même qu’il était tout chafouin, tellement qu’il a été pris de folie meurtrière :

Ici, cent ans plus tôt, le soir d’Halloween, le fondateur de la ville, Adrian Brock, avait assassiné sept des figures les plus en vue de Brockenvale. Sept des onze personnes que la peur avait conduites à l’emprisonner pendant un an au fond d’une mine désaffectée.

(…)

Un siècle plus tôt, jour pour jour, il s’était libéré de ses chaînes, c’était glissé dans la maison au beau milieu du grand bal masqué d’Halloween et, alors que l’horloge du grand-père égrenait les douze coups de minuit, avait percé le cœur de sept de ses bourreaux d’une fine lame à double tranchant.

Et que dit la légende ? Qu’il reviendra cent ans après pour terminer sa morbide vengeance. Là je dois bien l’avouer ami-lecteur, je me suis dit, chouette une romance sur fond d’histoire horrifique. Puis je me suis souvenue que j’étais dans un Harlequin et mon enthousiasme s’est transformé en méfiance…

Bref Lola occupe la maison d’Adrian et a, pour animal de compagnie, un corbeau nommé Lénore. Charmant… Le choix animalier de Lola n’est pas seulement original, il est carrément morbide puisque le célèbre Adrian s’était déguisé la nuit des meurtre devenant ainsi, dans la légende locale, l’Homme-Corbeau… Bref Lola ne semble pas être une vieille dame comme les autres. Mais ne t’attache pas trop à elle ami-lecteur parce qu’elle meurt à la fin du prologue. Et pas de n’importe quelle manière :

Elle ne remarqua pas la silhouette qui franchit soudain le seuil de la pièce derrière elle. Elle ne la vit pas glisser silencieusement sur le parquet poli.

Et elle n’eut pas le temps de crier quand la lame à double tranchant s’enfonça sans hésitation dans son cœur.

Ne serait-ce pas la même arme et le même coup fatal qu’utilisa Adrian Brock en son temps ? Quelle coïncidence… J’ai essayé très fort d’avoir peur, promis.

Si Lola n’est pas l’héroïne de Halloween, la nuit des masques, elle a tout de même un lien avec elle. Il s‘agit de sa nièce, Emily, médecin du patelin. Même sans ce lien familial j’aurais deviné que c’était notre jeune première. Pourquoi ? Car :

Emily était belle.

Bah oui l’héroïne de romance est toujours jolie chez Harlequin. Ça ne m’a donc pas choquée. Par contre la suite m’a fait soupirer, fort :

D’une beauté qui se passait d’artifice.

Ben oui c’est bien connu que les femmes qui se maquillent le font forcément pour cacher leur laideur… Quant au héros masculin, qu’en est-il ? Il s’appelle Erick, il écrit des romans policiers pour gagner sa croûte et vient de débarquer dans la ville. Et qui était sa proprio ? Je te le donne en mille, la victime, Lola. Du coup, vu que c’est un étranger et qu’il connaissait Lola, ben le shérif de la ville, Zeb, l’a foutu en cellule. Là tu pourrais imaginer que ça va compliquer la romance entre lui et la nièce, Emily… Que nenni, puisque cette dernière le croit innocent. Tellement qu’elle s’adresse directement à Zeb et lui dit de libérer le jeune homme vu qu’il n’a aucune preuve solide contre lui. Ben oui, visiblement il n’y a pas d’avocat dans le Colorado… Ensuite l’héroïne papote avec Reilly une arnaqueuse médium professionnelle qui lui rappelle que, selon la prophétie, quatre personne devront mourir d’ici Halloween. Oulala, que de suspens… Emily ne croit ni en la prophétie, ni aux pouvoirs de Reilly – ouf -. Elle pense que le meurtrier a utilisé la légende d’Adrian Brock pour se débarrasser de Lola. En effet, celle-ci semblait être une belle connasse. D’ailleurs Emily pense qu’elle avait une sorte de pouvoir sur Zeb et d’autres personnes de la ville. Ces dernières, qui détestent Lola, sont pourtant convoquées à l’ouverture de son testament. Emily les suspectent donc…

Peu de temps après, Emily rentre d’une conférence médicale et tombe sur Erick. Elle lui parle de Moss, descendant direct d’Adrian et à qui Lola a acheté la baraque de manière un peu mystérieuse puisque l’homme ne voulait pas vendre, pas du tout. Or, du jour au lendemain, il a changé d’avis… Tu l’aura compris ami-lecteur, il fait parti de ceux « sous la coupe » de Lola et qui seront présents chez le notaire. Bon, j’étais encore assez neutre face à tout ça, les chantages supposés, le meurtre, la légende. Puis Emily explique qu’Adrian était né… à Salem. Là, j’ai rigolé. Pour rajouter au ridicule, l’autrice nous fait ensuite le coup de l’entorse. Tu ne vois pas ? Ben si, le moment où l’héroïne se tord la cheville, qu’elle a quand même mal et que du coup le beau gosse la porte tel un chevalier de Wish :

Sans atermoyer davantage, il se pencha, glissa un bras sur son dos, l’autre sous ses cuisses, et la souleva sans effort apparent. Bien qu’elle détestât être traitée en invalide, Emily dut reconnaître que la sensation était loin d’être désagréable.

Un geste romantique s’il n’avait pas été si utilisé qu’il en est devenu très drôle… Emily est toute séduite, bien entendu, et en profite pour mater le damoiseau :

Mieux que beau, il était séduisant, pour ne pas dire ensorcelant.

Erick l’emmène à Brocken Manor, la maison de Lola. La blessée l’envoie ensuite chez elle récupérer des bandages. Du coup, vu qu’elle est seule, on a le droit à la scène de «il y a quelqu’un ? ».

Souriant de sa poltronnerie, elle finissait de retirer sa botte quand un nouveau son attira son attention. Une sorte de murmure, ou de plainte étouffée.

Elle s’immobilisa. Rien. Il n’y avait personne, esprit ou autre. Son imagination commençait à lui jouer des tours.

Tu te doutes bien qu’il se passe vraiment quelque chose :

Pour toute réponse, un glissement furtif, tout près d’elle. Emily sentit ses entrailles se nouer, tout comme lorsqu’elle était gamine.

Par Aslan, Emily serait-elle en danger ? Bien entendu :

Alors, surgissant de nulle part, une silhouette menaçante se dressa devant elle, plus sombre encore que les ténèbres.

L’Homme-Corbeau – tu l’avais deviné pas vrai ? - ne la tue pas. Ben ouais, je te rappelle qu’Emily est l’héroïne… Par contre il l’enferme à la cave. Sincèrement, la scène n’est pas angoissante. Pas du tout. Et pourtant je suis la fille qui a peur devant tout film qui évoque des fantômes.

Heureusement Erick revient avec les bandages et finit par la libérer. Ils parlent ensuite de l’affaire et Emily évoque sa méfiance envers Zeb et les autres personnes convoquées pour le testament :

(…) Mais les six personnes qu’elle a souhaité présentes pour demain soir sont vraiment celles qui la détestaient le plus, et… Aîe ! Erick, c’est trop serré.

Il sourit, termina posément d’appliquer la bande.

Mais non.

Tu as vu l’audace du mec ? Elle est médecin quand même… Mais non, il sait mieux qu’elle faire un bandage vu que c’est un mâle… Je me disais bien que le héros ne pouvait pas être simplement sympathique chez Harlequin… Il en profite aussi pour demander à Emily s’il peut s’incruster à l’ouverture du testament, tu sais, là où il y a aura tous les suspects.

Changement de scène, changement d’ambiance. On se retrouve avec les méchants mystérieux. Car oui, à priori, ils sont deux, un homme et une femme. Elle revient de Brocken Manor où elle n’a pas trouvé ce qu’elle cherchait. Quand elle s’inquiète qu’Emily puisse le découvrir avant qu’ils ne l’aient récupérer, son complice répond :

Que veux-tu que j’y fasse ? S’il le faut, nous utiliserons la prophétie, une fois de plus.

Elle se retourna brusquement, battant des mains.

Vrai ? Tu ne plaisantes pas ?

Il soupira et hocha la tête.

J’en ai l’air ?

Ah ça, non ! Mais c’est normal, tu es le cerveau de l’équipe. Et moi…

Elle brandit la main d’un geste triomphal.

— …l’exécuteur !

Après cette scène tout droit sorti d’un mauvais animé, on retrouve Erick le lendemain matin. Quand il se lève il découvre Moss sur son toit. Tu sais c’est le descendant de l’Homme-Corbeau. Même qu’il a une sœur, Simone. Bref on sent bien que ce sont aussi des suspects. Finalement Emily débarque et, quand elle est seule avec Erick, lui parle de ses soupçons. Elle semble penser que le meurtrier est un de ceux conviés à l’ouverture du testament. Lors de cette dernière, l’avocat distribue une lettre à chaque suspect. Dedans, une plume de corbeau. Du coup je me suis imaginé Lola, la vieille dame indigne, en train d’arracher les plumes de son corbeau de compagnie. Après ça l’homme de loi passe une vidéo que Lola a tourné avant sa mort. Tu imagines une grande révélation ? Même pas…. Emily apprend ensuite que sa tante lui a laissé une vidéo spécialement pour elle. Il lui apportera tout à l’heure. Pour se faire, la jeune femme lui donne rendez-vous dans un bar. Encore une fois elle se retrouve en tête-à-tête avec Erick. Qui continue à se montrer à la hauteur des meilleurs héros Harlequin, c’est à dire suffisant et condescendant :

Du revers de la main, il effleura sa joue.

Vous pensez vraiment que c’est une bonne chose de cacher ses sentiments ? Vous vous êtes barricader derrière une forteresse, Emily. Je parie que vous n’avez même pas pleuré à l’enterrement de Lola.
Elle allait répondre, mais elle se ravisa et baissa les yeux.

Vous ne pourrez pas toujours fuir, Emily, murmura-t-il. En tout cas, je saurais vous rattraper. Vous obligez à faire face.

On peut même plus faire son deuil tranquille…

Il se passe un ou deux trucs sans intérêt puis Erick rejoint Emily au bar. L’avocat finit par prévenir par téléphone qu’il ne pourra pas passer mais que la jeune femme peut venir à son bureau récupérer la cassette vidéo. Le couple obtempère mais surprend un intrus :

Avant qu’ils n’aient pu réagir, la lampe était renversée, le bureau plongé dans le noir et la silhouette les bousculaient pour se faufiler dans le hall, puis dans l’escalier.

L’Homme-Corbeau a tué l’avocat et volé la vidéo. Ce qui semble encore rapprocher nos deux héros qui, le lendemain, prennent le brunch ensemble. Ils ne parlent presque que de l’affaire. Bon tu me diras deux meurtres ça occupe l’esprit… Ils croisent des suspects dont Reilly la medium qui semble cacher des trucs. Puis on retrouve les méchants qui sont dépités : la cassette volée, et pour laquelle ils ont buté l’avocat, n’a rien donné. Ils décident de se débrouiller pour qu’Emily la récupère, peut-être que Lola révèle des trucs que seule sa nièce peut comprendre…

Là j’ai commencé à me demander si la romance finirait par pointer le bout de son nez. Et bien oui ami-lecteur. Un soir, Emily fait du patin à glace pour se détendre et Erick la rejoint. Il en profite pour la mater le bougre :

Moulée dans un justaucorps turquoise, elle évoluait avec une grâce naturelle, sans effort, et paraissait défier la pesanteur. Pour la première, il put admirer ses jambes fines et bien galbées.

Il est tellement ébloui qu’il l’invite à dîner. Emily se rend dans les vestiaires pour se changer et là, bim, du bruit inquiétant. La pauvre donzelle espère que c’est une femme qui bosse là :

Zelda ? appela-t-elle, incertaine. C’est vous ?

Oui, je t’ai mis la citation juste à cause de son prénom… Quand la lumière s’éteint brusquement, Emily râle :

En maugréant, elle s’apprêtait à aller actionner l’interrupteur quand une ombre se profila devant elle. Noire et menaçante.

L’ombre l’agresse et se comporte en méchant de dessin animé :

Pétrifiée, elle suivit des yeux l’arme qui se redressait, pointait vers son cœur. Et puis soudain ce rire démoniaque, étouffé par le masque de l’Homme-Corbeau…

Brocken Manor est à moi, murmura le prétendu fantôme. Je suis venu le reprendre pour finir ce que j’ai commencé il y a un siècle. Et c’est toi, Emily Connoly, qui sera la troisième victime de la prophétie.

Heureusement notre courageuse héroïne lève une de ses jambes « fine et bien galbée » et lui fout un coup de pied. L’Homme-Corbeau s’enfuit et Erick le poursuit. Hélas, le méchant lui échappe et il récolte une petite blessure. Tu te souviens ami-lecteur, Emily est docteur, du coup elle l’emmène dans sa clinique pour le soigner. Là j’imaginais une scène classique, genre le héros qui refuse tout anti-douleur et se fait recoudre à vif. Sauf que… ben nan :

Ah non ! Pas de piqûre !

L’air las, Emily continua à préparer la seringue.

Ça j’ai bien aimé… Pour une fois on s’éloigne du héros toxiquement viril et infaillible… Pendant les soins, le shérif du coin – et suspect – débarque. La fameuse cassette a été retrouvée et il en fera passer une copie à Emily dès que possible. Là Emily lui dit qu’il devra la déposer à Brocken Manor car, oui, elle a décidé de s’installer chez sa défunte tante, histoire de fouiller la baraque. Une fois seuls, Erick reprend son rôle de mâle protecteur :

Mais autant que vous le sachiez tout de suite… Il est hors de question que vous vous installiez dans cette maison toute seule.

Cherry, un mec qui bosse avec le shérif et un des invités, passe le lendemain au manoir pour poser la vidéo. Erick la récupère et l’emmène à la clinique où Emily se trouve. Faut bien qu’elle bosse un peu… Il finit par s’absenter pour aller chercher à bouffer. Emily en profite pour regarder la cassette mais n’apprend rien. Quand elle le dit à Erick il n’a pas l’air perturbé, il l’aidera à fouiller la maison. Puis BIM bisous. Et là, comme toujours dans ces vieux bouquins Harlequin, on a l’impression que Emily cède :

Dès que ses lèvres effleurèrent les siennes, Emily perdit toute volonté.

C’est même souligner de nouveau, un peu plus loin :

Sa bouche était exigeante, et l’odeur de sa peau trop enivrante pour qu’elle pût y résister.

Et oui une bonne héroïne est une héroïne qui n’a du désir que malgré elle et qui cède devant la volonté du mâle… Après ça ils sont tout troublés. Alors ils vont au saloon où Erick joue au poker avec plusieurs des suspects. Sur le chemin du retour Emily se lamente sur le fait que leur enquête n’avance pas mais Erick la contredit :

On est peut-être plus loin que vous ne le pensez…

Elle s’arrêta soudain, la main sur son bras.

Vous savez quelque chose ?

Il savoura ce petit instant de triomphe. Un sourire apparut sur ses lèvres.

Réfléchissez, Emily… au poignard dont l’Homme-Corbeau vous menaçait hier.

Qu’il est agaçant… Bref il a compris que le meurtrier était gaucher. Or Reilly et Simone sont gauchère. Et bim deux femmes. Prend ça le sexisme Harlequin !

Le lendemain ils fouillent la maison. En vain. Puis ils décident d’assister à une séance de spiritisme organisée par la médium Reilly. Cette dernière est à fond dans son rôle :

Oui… oui… Je les sens qui approchent. Les esprits sont parmi nous. - mais pas l’originalité -

Elle regardait droit devant elle, les yeux étrangement fixes.

À travers moi ils s’exprimeront. Mon esprit devient vide. Le couloir entre les deux mondes s’ouvre…

J’ai bien rigolé. Même que pleins de trucages ont été manifestement prévus :

Inexplicablement, lesbougies disparurent de la table. La lueur était à présent concentrée au centre du cercle, comme une source de radiations maléfiques. Autour, venues d’on ne savait où, douze poignards, aux lames menaçantes pointées vers l’extérieur, dont six directement sur Emily.

Oulala, quelle menace mystérieuse ! Même qu’un feu débute mais, heureusement, on l’éteint rapidement. C’est la méchante qui a fait le coup. Même qu’il y a cinq ans, elle et son complice ont éliminé un détective engagé par Lola. Oh comme ils sont vilains...

De leurs côté Emily et Erick continuent de fouiller le manoir. Même qu’ils finissent par prendre une pause et faire un pique-nique. Dans un endroit tout mignon ? Et ben non :

Toujours est-il qu’une demi-heure plus tard, tous deux étaient installés dans la clairière censée avoir été le théâtre du pacte d’Adrian Borck avec le diable.

M’enfin ça les empêche pas de se peloter :

Seule comptait la main qu’il avait posée sur son dos et qui glissait doucement sur sa taille. Quand il l’attira près de lui sur la couverture, elle eut la sensation d’avoir attendu ce moment depuis leur trop brève étreinte, à la clinique.

Si un jour je tombe sur un Harlequine pré-années 2000 où l’héroïne assume ses désirs et fait des avances au jeune premier, ben je crois que je ferais une syncope. Bref ils se font des bisous mais la réalité se rappelle à eux :

Erick… Regardez ! Là-bas !

Il suivit son regard et aperçut la silhouette noire et masquée qui courait entre les pins, trop grande pour être celle d’un enfant.

La silhouette se dirige vers la vieille mine et ils décident de la suivre. L’Homme-Corbeau entre dans une cabane mais, quand ils entrent à leur tour, le meurtrier a disparu. Comme par magie. Ils rentrent donc et continuent leur exploration du manoir. Quand Erick va chercher une pizza le soir venu devine qui se pointe. Et oui...

Elle n’eut pas le temps de réagir. La sinistre figure de l’Homme-Corbeau surgit devant elle, sa lame meurtrière reflétant la lueur de la lampe. Des doigts gantés se crispèrent sur son bras, telle une serre d’oiseau de proie.

Maintenant, Emily… L’heure est venue pour toi de mourir.

Emily résiste mais l’Homme-Corbeau insiste :

Maintenant, Emily… L’heure est venue pour de toi de mourir. - tu as vu le méchant classique qui papote plus qu’il n’agit ?

Elle parvient à fuir à travers la maison et, mu par un instinct complètement magique elle file droit vers la chambre de Lola, ouvre le tiroir de la commode et paf tombe sur un flingue.

L’Homme-Corbeau se figea sur le seuil de la pièce, ses yeux perçants fixés sur le revolber qu’Emily braquait sur lui d’une main mal assurée.

Là tu te dis peut-être, ça y est c’est terminé, Emily va attendre les secours et le méchant sera arrêté… Pas du tout...

Son masque bougea légèrement, libérant une mèche sombre sur son épaule.

Les yeux d’Emily s’écarquillèrent. Une femme ! L’Homme-Corbeau était une femme !

Sous l’effet de la stupéfaction, elle abaissa lentement son arme.

Deux choses. Déjà comment ça elle est surprise ?! Alors que leurs deux principales suspectes étaient des femmes ? Ensuite, comme par hasard elle est tellement étonnée qu’elle en baisse son arme, permettant ainsi à la Femme-Corbeau de s’enfuir.

Plus tard, une fois qu’elle a tout raconté à Erick, ils finissent par passer aux choses sérieuses :

Et si nous oubliions les légendes et les prophéties pour un temps, Emily ? Vous ne croyez pas que nous avons mérité un peu de détente, tous les deux ?

Ces mots suffirent à bannir ses dernières hésitations, si tant est qu’elle en eût encore. Ses lèvres s’ouvrirent avec docilité sous la pression des siennes et elle renversa légèrement la tête en arrière pour accueillir son baiser.

On a le droit à une scène de cul très Harlequin avec la métaphore de la vague et tout ça :

Ils s’aimèrent longuement, se laissant porter par les vagues du désir qui déferlaient sur eux et reléguaient loin, très loin, les tourments et dangers qui les menaçaient au-dehors.

C’est beau… Au matin Emily confirme le délire de l’heroïne qui ne peut aimer le sexe qu’avec son âme-sœur – argh - :

Sans doute devait-elle aussi refléter cet épanouissement. Jamais nuit d’amour ne lui avait révélé à ce point la sensualité qui sommeillait en elle.

Accélérons un peu le délire… Emily et Erick sont tout énamourés mais l’enquête continue. Passons au grand final. Emily reçoit un message comme quoi un vieux monsieur est tombé. Elle se rend chez le patient mais c’est un piège et se retrouve de nouveau face à l’Homme-Corbeau. Et là :

En riant, l’Homme-Corbeau ôta son masque. Et Emily se trouva enfin confrontée au visage de celle qui avait assassiné Lola.

De son côté Erick s’inquiète pour elle :

Ce message était sans doute un piège, et il avait laissé la femme qu’il aimait s’y jeter la tête la première !

Emily a devant elle Simone et elle risque sa vie. Sauf que Simone se demande où est passé son frère, Moss, et Emily décide de ruser :

Il est juste derrière toi, dit Emily, mue par une inspiration subite.

Agacée, Simone se retourna, donnant à Emily l’occasion inespérée de la désarmer d’un coup de pied et de ramasser le poignard avant qu’elle ait eu le temps de réagir.

Ne bouge plus, ordonna Emily.

Ouais Simone est idiote. Puis un autre Homme-Corbeau se pointe. Même qu’il se fout de la gueule de l’héroïne :

Bravo, Emily. Bien joué…

La jeune femme se figea. Cette voix… Ce rire… Ce n’était pas possible. Ce cauchemar ne prendrait donc jamais fin !

Du fond de la pièce, la silhouette noire s’avança.

Tu as attrapé un Homme-Corbeau… Dommage que ce ne soit pas le bon.

Puis là sa part en couille.

Devant ses yeux horrifiés, elle découvrit alors le vrai visage de la femme dont le hideux secret avait provoqué la mort de trois personnes…

Et :

Une perruque de longs cheveux ondulés, enfoncés dans le col de la cape, encadrait le visage large. Un rouge à lèvre pâteux et orange surlignait la bouche mince ; des plaques de poudre rose étaient appliquées maladroitement sur un fond de teint mal étalé.

Tu comprends pas tout ? Attend, Emily a tout compris. L’Homme-Corbeau c’est en fait Cherry l’assistant du shérif. Plus jeune il a été séparé de sa sœur et ça l’a fait sombrer dans la folie. Même s’il retrouve sa sœur des années plus tard ça ne suffit pas à l’aider. Du coup il a deux personnalités : la sienne et celle de sa frangine.

Et Emily comprit… Cherry était droitier, mais sa sœur gauchère. En revêtant sa personnalité, il adoptait non seulement son tempérament aventureux, mais aussi son comportement extérieur. À cet instant, il était réellement une version immature de Chelsea. Une Chelsea qui n’aurait jamais grandi, confinée dans l’esprit malade de son frère.

Les choses craignent puis ils font venir la vraie sœur de Cherry, Chelsea, pour qu’elle résonne son frère. Ça fonctionne et on est bien content. Le pauvre meurtrier est arrêté et Emily est saine et sauve. Bien entendu ça ne peut pas se terminer tout suite, l’héroïne a le droit à son happy end avec Erick :

Je crois…

Ses lèvres glissèrent au coin de sa bouche.

...qu’on va le rendre aux ancêtres d’Adrian Brock et construire une maison toute neuve pour nous, de l’autre côté de la ville. Une maison sans fantôme et sans légende.

Emily releva les yeux vers lui.

Serait-ce une proposition de mariage ?

En bonne et due forme, toubib. Qu’en dis-tu ?

J’en dis que… Que je t’aime.

Sincèrement c’est la première et dernière fois que je lis un Harlequin qui évoque une enquête et un peu de fantastique. Ça m’a saoulée d’une force… Bon l’avantage c’est que j’ai pas eu peur une seconde. Sauf peut-être de la médiocrité du bouquin…