Histoires-plastiques

Édition : Le Livre de Poche

Parution : 2018 pour la première édition

Genre : essai, témoignage, milieu professionnel

 

Curieusement, je trouve souvent un écho dans ce que je lis. Que ce soit en m’identifiant dans un personnage pour la fiction ou parce que le sujet me touche d’une façon ou d’une autres. Les essais ne font pas exception : In God we trust a interrogé mon rapport à la foi -celle des autres- alors que La Domination masculine s’adressait à ma prise de conscience féministe. Au premier abord, je ne voyais pas comment Histoires plastiques pourrait bien me concerner :

Isabelle Sarfati est chirurgienne plastique, elle opère des femmes et des hommes, des jeunes et des vieux, des moches et des beaux. Se succèdent dans son cabinet une nudiste furieuse de sa reconstruction mammaire, un joueur de poker professionnel qui a choisi d’avoir quatre testicules pour lui porter chance, une femme qui ne veut plus de seins, une autre qui en veut plus et plus de fesses aussi pendant qu’on y est… À chacun, l’auteur tente de répondre, pas forcément avec un bistouri.

Elle n’élude rien des ratages, douleurs, outrances de son sulfureux métier mais raconte surtout des histoires de transformation, de réparation, de réconciliation personnelle drôles, tragiques, humaines.

Je n’ai jamais subi d’opération de chirurgie esthétique et je ne compte pas changer cela dans l’avenir. Disons-le tout de suite, je ne fais toutefois pas vraiment partie de ses détracteurs. J’ai même eu l’occasion de voir à quel point une opération de ce type pouvait améliorer la vie de quelqu’un quand une femme très proche a subi une réduction mammaire. Pourtant, j’ai souvent du mal à comprendre tout ce qui touche à la chirurgie liée au vieillissement. Malgré mes quasi quarante ans, je ne m’imagine pas du tout me faire injecter du Botox ou, plus tard, me faire lisser la peau pour dissimuler le poids du temps. Malgré moi, je ne pouvais pas m’empêcher de penser que les adeptes des lifting et blablabla, étaient de curieuses personnes à vouloir ainsi lutter contre un phénomène inéluctable. Pourquoi, dès lors, profiter d’une Masse critique sur Babelio pour lire Histoires plastiques ? J’ai vu ça comme un petit défi mais pas seulement… C’est aussi un bon moyen de « juger » de la pertinence d’un essai : m’apporterait-il quelque chose à moi qui ne m’intéresse pas tellement à la question ?

L’ouvrage de madame Sarfati est constitué de chroniques, assez courtes, entrecoupées d’une sorte de journal du médecin suite à la dernière de ses interventions en tant que patiente. L’ouvrage est plus qu’accessible, avec un ton léger, et ses quelques 210 pages. Au premier abord, Histoires plastiques comporte pas mal de défauts, l’humour caustique se fait parfois au détriment de la profondeur et le tout n’apporte presque aucune analyse. Un détail m’a également un peu effarouchée parce que le sujet en question me touche d’une façon trop intime. Je suis maman d’un adolescent transgenre, un gamin en lutte contre la société non pas à cause de ce qu’il veut mais juste à cause de ce qu’il est. Or Isabelle Sarfati a un rapport un peu curieux avec les personnes transgenres. En outre elle emploie plusieurs fois le terme transexuel, un terme à éviter puisque pathologisant de par son histoire et qui renvoie trop à la sexualité et/ou aux organes sexuels. Note, ami-lecteur, que je me rends bien compte que c’est ma situation privée qui me sensibilise particulièrement à ces maladresses.

Malgré tout, Histoires plastiques est une lecture que je ne regrette pas. La plume de madame Sarfati permet de mieux comprendre la chirurgie esthétique. Au fil des récits qu’elle nous offre, je pense avoir gagné en tolérance : je suis désormais résolue à ne plus tomber dans le jugement, à ne pas oublier que derrière toute opération de chirurgie esthétique il y a une histoire, un parcours de vie, et parfois beaucoup de souffrance. Bref, un bouquin sans doute pas indispensable mais qui a été amusant et a joué le rôle de piqûre de rappel sur ce qu’est la tolérance.

 

Note Globale : 13 / 20