Bonheur

Édition : Pocket

Parution : Avril 2007 pour la présente édition

Genre : Fresque historique

 

Comme je l’ai répété mainte fois ici, ami-lecteur, ma passion de la lecture date de ma prime jeunesse, une passion en fil rouge au fil des années, en dépit de la vie et des responsabilités toujours plus intrusives. Cette constance n’a pourtant rien de linéaire et je suis sans cesse entre deux relations amoureuses. Ainsi j’ai passé des années accro aux fresques historiques puis au fantastique avant d’être happée par la Bit-lit. Bien entendu le tout ponctués de nombres de coup d’un soir en science-fiction ou de liaison discrète mais brûlante pour la littérature de telle ou telle période, de tel ou tel pays. Il m’arrive aussi de me lasser un tantinet. Ce fut le cas pour la fresque historique que, après m’avoir occupée une grande partie de mon adolescence, j’ai évité le plus souvent ces dernières années. Est-ce l’âge qui apporte son flot de nostalgie ? Peut-être car j’ai récemment eu envie de retrouver ce premier amour. Pour ce faire j’ai jeté mon dévolu sur une grande saga familiale venue tout droit du Québec :

Une île non loin de Québec où les étés ont des allures de paradis. C'est là que les cinq enfants Miller, bientôt six, grandissent entourés d'amour, dans une maison aux portes ouvertes en grand. C'est que Gabrielle, leur mère, et Edward, leur père, n'hésitent pas à accueillir ceux dont la fortune, contrairement à la leur, n'a pas survécu au krach de 1929. Dans une société encore très puritaine dominée par une Église implacable pour les femmes, Gabrielle défend farouchement son clan et ce goût du bonheur qu'elle transmet à ses enfants aussi passionnés d'elle.

Note avant toute chose, ami-lecteur, que le Québec était une destination livresque encore inconnue pour moi. Aussi, je dois bien avouer que je ne connais presque rien de la culture québécoise et de l’histoire de cette belle province, du moins rien de sérieux. Je crois que c’est ce qui m’a d’abord attirée dans Le Goût du Bonheur : la possibilité d’explorer une autre culture et une langue riche de nos différences. Et ce pour un pavé de pas moins de 868 pages – les deux opus suivants étant aussi épais - ! Mais qu’en est-il au terme de ma lecture ?

Le récit commence en 1930 avec la famille Miller et surtout Gabrielle, mère de déjà cinq enfants qui en attend un autre. Et je suis tombée amoureuse. Follement… Parce que Marie Laberge a su trouver un bel équilibre. La société qu’elle nous dépeint tourne autours d’une Eglise intransigeante et puissante qui dicte la place de chacun, particulièrement celle des femmes. Tout au long de récit Gabrielle vit des déchirements entre ce qu’on lui a inculqué et ses révoltes contre les injustices. Dès les premiers paragraphes on sent que la condition de la femme sera au centre du roman. Avec des scènes parfois difficiles. Ainsi lors d’une fausse-couche c’est la fille aînée des Miller qui s’occupe de nettoyer les draps et, alors qu’elle n’a que sept ans, voilà ce que sa mère remarque :

« Oui, sa fille sait que la honte sèche à la cave, que le secret se garde. »

Dans ce monde enchaîné par la Religion, le couple de Gabriel et Edward fait figure d’exception et j’ai adoré leur relation. Le talent de madame Laberge est de ne pas tomber dans un extrême, oui Gabrielle se rebelle mais sans tomber dans la caricature, elle ne va pas complètement à l’encontre de qu’on lui a inculqué.

Pour ne pas dévoiler la trame du roman, je vais me contenter de dire que la galerie de personnages que nous offre ce premier tome du Goût du Bonheur est varié. Qui plus est, sont abordés nombre de thème passionnants : féminisme, racisme, la difficulté de sortir de son milieu, la foi,… Une vraie fresque familiale avec tout ce que j’aime : romance et drame sur fond d’Histoire. Bref vivement le deuxième tome !

 

Note Globale : 16,5 / 20