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Édition : Flammarion

Collection : Versilio

Parution : janvier 2020

Genre : Essai, philosophie

 

      Il y a des livres, des films, des séries, qui squattent nos envies… Je n’ai pas toujours le budget/le temps/l’opportunité de céder à ces appétits malgré mon pseudo, pourtant je n’oublie pas une œuvre que j’ai eu un jour l’intention de découvrir. L’ouvrage qui nous occupe aujourd’hui en fait partie. Lors de sa sortie, il y a presque un an et demi, j’avais remarqué ce titre un brin racoleur et sa couverture jaune. Bon, pour être tout à fait franche, ami-lecteur, l’estampille « France Culture » me rassurait car ce 3 minutes de philosophie pour redevenir humain me semblait trop très vendeur et je me suis parfois fourvoyée dans mes choix à cause de telles stratégies commerciales… Je n’écoute pas France Culture – et parce que j’aime bien te raconter ma vie, je prends le temps de te dire que je suis une fidèle de France Inter – donc j’étais complètement passée à côté des chroniques de monsieur Midal, diffusées en 2019 et sources du présent livre.

      J’avais donc repéré l’objet et c’est pour cela que lorsque je l’ai croisé à la bibliothèque de ma ville, je l’ai emprunté dans la seconde. Il faut dire que le résumé donne envie :

      "La philosophie nous bouscule. Elle ne nous laisse pas tranquilles ; elle nous réveille et nous éclaire. C'est pourquoi nous en avons si profondément besoin." Dans son nouveau livre, le philosophe Fabrice Midal décrypte 40 citations inspirantes de penseurs, d'écrivains, de peintres ou de poètes pour inviter les lecteurs à penser autrement et redevenir humain. Une expérience inédite et profonde de philosophie et de méditation.

        Disons tout de suite les choses, je ne connais pas Fabrice Midal. Depuis ma lecture j’ai toutefois découvert un peu qui il était. Enfin, de manière tout à fait superficielle puisque je sais seulement qu’il est philosophe et fondateur de l’École occidentale de méditation qui propose une approche laïcisée de la méditation bouddhique. Voilà pour la présentation…

        Au terme de cette lecture, je dois avouer ma déception. Non, en vérité, ami-lecteur, c’est bien plus qu’une déception… Au fil des chroniques, les agacements se sont enchaînés comme les pirouettes d’une danseuse. Monsieur Midal propose un principe simple : une citation, pas seulement de philosophes mais d’artistes et de penseurs variés, puis il nous livre son interprétation et de quelle manière cette réflexion peut nous aider dans notre vie. Il termine chaque article avec un sujet de méditation qui découle de la citation en question.

      Chouette idée, non ? Sur le papier, oui. En tout cas ça m’aura permis d’apprécier au moins les citations et c’est toujours ça… Il faut dire que la première chronique m’a énervée. Sur la très belle citation de George Orwell « Être humain signifie essentiellement que l’on ne recherche pas la perfection », l’auteur nous explique plein de trucs sur l’humanité de nos imperfections et sur nos émotions. Bien... Sauf qu’après il nous offre une digression assez longue sur la littérature (page 15) :

Les mauvais écrivains restent à la surface des sentiments. Parfois même, ils nous asphyxient avec leurs promesses mensongères de bonheur. Contrairement à une idée reçue, les premiers sont mus par une infinie tendresse qui leur permet de regarder l’être humain dans toutes les dimensions, tandis que les autres n’y ont tout simplement pas accès. Au fond, ils ont peur. Ils ont peur de la vraie vie. Ils ont peur de leur cœur.

       Je ne dois pas me cacher la vérité ami-lecteur, à en croire monsieur Midal, je suis incontestablement un mauvais écrivain. Non pas que j’ai "peur de mon coeur", ou que je sois incapable de voir l’humanité dans toutes ses facettes mais simplement parce que je choisis de faire du divertissement – ô mon dieu Alter’, quelle vulgarité ! Quelle indignité ! Quelle infamie ! -. Que l’auteur ne comprenne pas la beauté et la noblesse de raconter des histoires pour le plaisir, je peux l’admettre, c’est sa condescendance que je trouve risible…

      Après ça, j’ai fait une petite pause dans ma lecture, histoire de ne pas mal-lire sa prose. Il me fallait prendre du recul pour ne pas juger de la suite à l’aulne de ce qui m’a tant agacée dans ce passage.

      Hélas, à ma reprise, les choses ne se sont pas complètement arrangées. Il multiplie les injonctions et continue à se poser dans la posture de celui qui sait face à l’ignorant, ainsi page 52, "Cette approche vous rendra plus heureux". Curieux pour un philosophe d’être ainsi persuadé de détenir la vérité… Plus loin, il écrit même : « Vous avez découvert le chemin le plus direct pour retrouver la joie d’être ». On en parle, du piège des certitudes ?

     Cet orgueil va loin puisqu’il semble tenir toute la société dans son mépris, ainsi :

Pour nous, les héros sont ces hommes auxquels rien ne résiste, ces femmes qui ont un boulot de rêve, qui passent d’un avion à l’autre avec un brushing parfait…

       Je ne suis pas naïve au point de ne pas penser que beaucoup fantasment ce genre de vie… Pourtant je ne crois pas que les gens les voient comme des héros, seulement comme une sorte de vie facile dans laquelle les soucis n’auraient pas de prise. N’oublions tout de même pas que l’Abbé Pierre a été élu seize fois personnalité préférée des français (et le Commandant Cousteau, encore plus). Mais peu importe, son mépris ne semble pas avoir besoin de preuves pour se manifester.

      Si certaines des idées présentées par Fabrice Midal sont bonnes et pleines de bon sens, le ton qu’il emploie m’a donné envie de hurler. Je n’aime pas les donneurs de leçons. Surtout que dans l’Avant-Propos, il précisait :

L’expert veut qu’on l’écoute et obéisse à ses consignes. Le philosophe vous invite à pense par vous-même.

      Du coup, monsieur l’expert, je note de retourner lire Marc-Aurèle ou Spinoza si je veux profiter de philosophie… 

      Enfin, l’auteur ne cesse de faire référence à une sorte d’ennemi, sans forme est sans nom :

Je suis frappé que la plupart des discours, sociaux, politiques, religieux, nous enjoignent à éteindre cette brûlure. Ils cherchent à nous rendre calmes, performants et soumis. (Page 38)

     Ou encore :

C’est pourquoi plus on explique aux gens qu’il fait être calme, détaché, plus on leur apprend l’impuissance... 

       Mais QUI bordel ?! Qui tient ce genre de propos? Ça me fait plutôt penser à ceux qui comprennent mal ce que nous proposent certains philosophes ou méditants. Oui, on nous offre de ne pas nous attacher aux émotions, non pas dans le sens de ne plus ressentir et encore moins dans le but de ne plus agir mais dans l’optique de mettre un espace entre le ressenti et l’action. Ne pas être en réaction pour choisir ce qui permettra de faire avancer les choses. Si je tombe sur un post qui explique que tel enfant est mort de maltraitance, je vais être indignée. Quel sera mon premier réflexe ? Mettre un commentaire larmoyant pour partager mon émotion ? Je ne vois pas ce que ça apportera. Par contre, prendre le temps de réfléchir et choisir d’utiliser mon indignation pour trouver une association contre les violences domestiques et m’y investir, voilà qui a de la pertinence…

      Il est vrai que la forme des chroniques proposées, très courtes, ne permet guère les nuances et sans doute que la pensée de monsieur Midal en pâtit… Hélas, il ne cherche pas à nous faire accoucher de la vérité, tel la maïeutique de Socrate. Non, il tente de nous l’arracher brutalement avec un scalpel. Et les processus sanglants ne m’intéressent pas… Alors la prochaine fois que je croiserai un ouvrage de ce monsieur, je passerai mon tour...

Note : 06 / 20