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Édition : Auto-édition

Parution : février 2020

Genre : humour, parodie

 

       Depuis que nous sévissons sur cet espace, Ema et moi n'avons jamais caché que nous acceptions les partenariats. Cela fait longtemps que je n'ai pas pris quelques minutes pour expliquer notre rapport à ce genre d'opération, laisse-moi donc, ami-lecteur, mettre les choses au claire. Déjà nous n'acceptons gratuitement que les livres que nous avons vraiment envie de lire. Pas question que le plaisir pris à tenir CulturoVoraces fasse la place à une corvée dans le seul but de recevoir des bouquins gratuits. Ensuite, partenariat ou non, nous restons libre d'écrire ce que nous voulons. Et nous n'hésitons pas, même dans ce cadre, à nous montrer sans pitié, comme avec Caroline.

       En ce qui concerne l'ouvrage qui m'intéresse aujourd'hui, je dois dire que c'est moi qui ai demandé à l'auteur un partenariat. Pourquoi ? Parce que le résumé de Deux nuances de Gold m'a fait marrer :

       Vincent Gold, jeune et richissime chef d'entreprise de Seattle, comble la vacuité de son esprit par un regard ténébreux et une plastique parfaite. Lorsqu'il rencontre Anastasia Strip, une étudiante inculte en littérature anglaise, une force irrésistible les attire l'un vers l'autre. Mais l'homme entretient des rapports délicats avec le beau sexe depuis qu'une septuagénaire lui a fait tâter du cuir le soir de son quinzième anniversaire. Il piste Ana jusqu'au magasin où elle travaille pour la prévenir de rester à distance de lui. Ses tendances sociopathes n'effraient pourtant pas la jeune ingénue, et Vincent pourrait bien finir par se prendre à son propre piège...

         Lorsque j'ai chroniqué 50 nuances de Grey, j'avais surtout axé mon article sur le phénomène littéraire. Les romans de E.L. James ne sont pas très bons et ont pourtant fait naître toutes une série de romances « érotiques » dans la même veine. Parfois pour le meilleur, souvent pour le pire. Comme tout genre très codifié, la romance érotique tombe facilement dans le cliché et c'est un merveilleux terreau pour la parodie, exercice pourtant fort périlleux.

         Bien entendu Deux nuances de Gold est une parodie, dans le sens où c'est une œuvre tirée du roman de E.L James. Je savais donc tout à fait à quoi m'attendre lorsque j'ai ouvert le roman de monsieur Numing.

          J'ai découvert un pastiche peu subtile mais très amusant et qui montre bien les travers de 50 nuances de Grey. Le talent de l'auteur est de parvenir, comme un dessinateur, à poser le ridicule d'une situation en seulement quelques traits :

       Sitôt le téléphone raccroché, j'examine en hâte mon regard dans le mon miroir de poche, et ce que j'y aperçois ne me convainc pas. Tout cela manque encore de noirceur, de ténèbres. Je vais devoir travailler ça avec plus de rigueur.

       L'humour est présent à chaque ligne de chaque paragraphe... Un humour de répétition, souvent graveleux, presque toujours drôle. À mon sens, le tout manque un tantinet de subtilité mais c'est un reproche que je fais souvent lorsque je me plonge dans la parodie, une question de goût plus que de qualité.

       Sincèrement je me suis bien amusée pendant ma lecture, ce qui est déjà beaucoup. Le véritable défaut de Deux nuances de Gold est inhérent à son genre : le récit reste au plus près de l’œuvre moquée, tant et si bien que celui qui n'a pas lu le roman de James risque fort de ne pas accrocher aux aventures de Vincent. Même le couple secondaire, qui unit le frère du héros avec la colocataire d'Anastasia, est semblable. Un peu dommage... Avec tout cela j'étais bien partie pour livrer une conclusion simple à ma lecture : une parodie peu subtile mais sympathique à conseiller à ceux qui ont lu 50 nuances de Grey. Sauf que les vingt dernières pages, à mon avis, en se libérant du récit original, fait preuve d'audace et de grandes qualités. On quitte la caricature et on profite d'une vraie comédie burlesque. Une bonne comédie burlesque.

       Finalement, au-delà de la parodie un brin potache, ce qui m'a plu dans le roman de monsieur Numing c'est le reste : les détails hilarants et absurdes, la fin dynamitée, les petites touches qui sortent de ce que j'attendais. Du coup, j'ai envie de dire à monsieur Numing qu'avec de telles capacités, il serait dommage de se cantonner à la parodie et que les lecteurs auraient tout à gagner à ce qu'il nous livre un récit tout à lui, servi par les qualités que l'on peut déceler dans Deux nuances de Gold.

Note : 13,5 / 20