LeTempsAllumette

Édition : La Martinière

Parution : mars 2020

Genre : dialogue, drame

      Si tu as tes habitudes ici ami-lecteur, au moins depuis notre reprise, tu auras remarqué que nous ne nous préoccupons pas vraiment d'actualité littéraire... Si je regarde un peu les denières fictions chroniquées, je me rends compte que l'ouvrage le plus récent date de 2018 et fait figure d'exception. Or la publication du récit qui nous intéresse aujourd'hui remonte à mars de cette année. Un miracle ! Passons au pitch :

Gabriel est un petit garçon curieux, qui a soif de découvrir le monde qui l'entoure. Son regard d'enfant, naïf et profond, transforme les " petits riens " de l'existence en bonheurs tangibles. Il ne comprend pas l'école mais adore la musique, les peintres de Montmartre. Un bonnet bleu protège sa tête depuis que ses cheveux d'or sont tombés. Gabriel est gravement malade ; il a entendu ses parents prononcer ce mot définitif : cancer.

Malgré son jeune âge, Gabriel fait preuve d'une sagesse et d'une maturité rares. Ses parents et les médecins se sentent démunis ? Il est l'enfant qui va aider les adultes à grandir.

Un premier ouvrage sensible et poétique, dans la lignée d'Oscar et la dame rose et du Petit Prince, écrit par une jeune conteuse de vingt ans.

      Pourquoi me suis-je plongée dans le livre de madame Chevenez ? J'avoue que deux choses m'ont motivée... Le thème centrale du livre, la maladie d'un enfant, est un sujet particulièrement délicat et j'étais assez curieuse de savoir de quelle manière il serait traité. Ensuite la comparaison un tantinet énorme avec Le Petit Prince, chroniqué ici par Ema m'a interpellée...

     Sans grande surprise, la comparaison faite par l'éditeur est exagérée. J'irai même plus loin en ne comprenant pas comment on peut rapprocher les deux ouvrages, qui n'ont pour seul point commun de mettre en scène un petit garçon. Là où le conte de Saint-Exupéry aborde la mort avec une vraie subtilité et nous montre un monde onirique, Agathe Chevenez met en scène le parcours réaliste d'un enfant malade. Réaliste dans ce qu'il lui arrive, pas dans le langage...

      La forme du Temps d'une allumette n'est pas romanesque, il s'agit d'un dialogue écrit comme une pièce de théâtre sans que cela en soit réellement une. Ensuite nous ne somme pas ici dans des dialogues réalistes, ce qui compte ce n'est pas que la parole soit crédible mais qu'elle soit belle, poétique, pleine de messages de sagesse et de beauté. Sauf que pour moi ça tombe un peu à plat. Bien entendu c'est parfois émouvant, parfois poétique – surtout à travers le personnage de Poéta – mais c'est aussi peu subtile. Gabriel, le petit garçon qui sait qu'il va mourir, manque vraiment de nuance. Il est magnifié au point où il en perd tout intérêt. De plus, à mon sens, la poésie et la musicalité doivent servir le récit, pas faire figure de seul atout mis en avant. Dans Antigone d'Anouilh, les répliques ne sont pas réalistes et leur poésie est sublime mais elles nourrissent les personnages et l'histoire.

       L'histoire de Gabriel tient en quelques lignes : un petit garçon meurt d'un cancer mais sa sagesse et son regard d'amour sur le monde va changer tous ceux qu'il rencontre pour que, même après sa mort, l'enfant continue d'éclairer leur vie. Voilà. C'est beau, c'est niais, c'est propre. Et pas très intéressant.

Note : 08 / 20