Meilleurdesmondes

Édition : Pocket

Parution : 1998 pour la présente édition, 1932 pour la première parution

Genre : Science-Fiction

 

      Depuis quelques temps, je me (re)plonge dans les sources de la littérature de genre : la science-fiction avec Dune puis Le Guide du Voyageur galactique... Il était donc temps pour moi de redécouvrir Huxley avec le roman considéré en général comme son chef d’œuvre et comme un classique de la SF :

      632 après Ford : désormais on compte les années à partir de l'invention de la voiture à moteur. La technologie et la science ont remplacé la liberté et Dieu. La vie humaine, anesthésiée, est une suite de satisfactions, les êtres naissent in vitro, les désirs s'assouvissent sans risque de reproduction, les émotions et les sentiments ont été remplacés par des sensations et des instincts programmés. La société de ce Meilleur des mondes est organisée, hiérarchisée et uniformisée, chaque être, rangé par catégorie, a sa vocation, ses capacités et ses envies, maîtrisées, disciplinées, accomplies. Chacun concourt à l'ordre général, c'est-à-dire travaille, consomme et meurt, sans jamais revendiquer, apprendre ou exulter. Mais un homme pourtant est né dans cette société, avec, chose affreuse, un père et une mère et, pire encore, des sentiments et des rêves. Ce "Sauvage", qui a lu tout Shakespeare et le cite comme une Bible, peut-il être un danger pour le "monde civilisé" ?

      Datant des années trente, je dois bien avouer que Le meilleur des Monde a les défauts de cette période : une écriture classique mais un brin monotone. J'avais eu la même impression pour l'ouvrage de Wells, La Machine à explorer le Temps. Pour tout te dire ami-lecteur, il faut passer outre, car l'univers dépeint ici par Huxley n'a rien perdu de sa pertinence alors que le récit atteint déjà l'âge vénérable de 88 ans !

      Dès les premiers chapitres, la société décrite ne peut que nous terrifier : la stabilité à tout prix, même celui de la liberté, de l'amour, des émotions, de l'art. Toute la première partie du roman semble d'ailleurs seulement construite comme une anti-utopie : nous découvrons l'organisation et le fonctionnement de ce Londres effrayant. Trois personnages sont au premier plan : Bernard, l'inadapté en raison de son physique qui appartient à une caste inférieure, Lenina, une jeune femme parfaitement conditionnée qui ne remet jamais vraiment en question le système et Helmholtz, un alpha-plus dont la trop haute intelligente lui rend l'existence insatisfaisante. Quand ces trois créatures civilisée rencontrent John, dit le Sauvage, né in vivo et en marge, le choc des cultures est d'une violence inouïe. Bien entendu, de nos jours, les ficelles peuvent nous sembler grosses : oui le sauvage n'est pas celui que l'on croit blablabla. John a lu Shakespeare dans une société où les « anciens » livres sont bannis et il cite le dramaturge à tout propos. Alors qu'il est né chez les sauvages, sa particularité -sa mère venait de Londres- l'a rendu inapte à s'adapter, que ce soit d'un côté ou de l'autre. Son regard sera donc très vite sans concession sur la société totalitaire qu'il découvre.

       La modernité de l'univers construit par Huxley m'a impressionnée : le conditionnement, le bonheur vu comme une absence de transport, la consommation encouragée (on ne répare pas, on achète du neuf)... Tout cela fait forcément écho à notre monde contemporain. Le roman interroge aussi ce qu'est la liberté et de quelle manière l'esclavage peut être consenti, apprécié et même souhaité. Un livre qui mérite sa place parmi les classiques, que ce soit de SF ou de littérature « blanche ». À mettre entre toutes les mains !

Note : 17  / 20