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Édition : J'ai Lu

Collection : Passion intense

Parution : 2014 pour la présente édition

Classement : Passion / Romance érotique

 

La romance érotique est un genre à part entière qui a hélas beaucoup souffert du succès de 50 nuances de conneries. Si Douce reddition se classe dans la même catégorie, il n’a pourtant que peu de rapport avec la trilogie de madame James. Mise à part la relation SM. Mais entrons dans le vif du sujet -sans faire de mauvais esprit- avec le résumé de ce premier opus d’une saga qui en comporte cinq :

Flic à Dallas, Gray Montgomery est déterminé à mettre la main sur l’assassin de son coéquipier Alex. Sous un bon prétexte, il se rend à Houston et intègre l’équipe de Malone & Fils Sécurité. Son but : approcher Faith Malone, une employée. Car une chose est sûre, il y a un lien entre la jeune femme et le meurtrier. Un visage angélique, un corps de rêve, Faith est un fantasme pour tout homme qui se respecte. Gray y compris. Et bientôt se noue entre eux une relation torride, où chacun exprime ses plus sombres désirs. Or Gray s’engage dans un jeu périlleux où la passion et le danger ne font plus qu’un…

Bon… Bon… Bon… Commençons par ce que j’ai apprécié dans cet ouvrage. Puisque nous parlons de BDSM, autant terminer par ce qui fait mal – comment ça mon humour est limite ? - ! Lorsque l’on rencontre Faith - par Aslan ! j’ai envie de dire fessée à la place -, cette dernière rompt avec son petit ami car elle le trouve trop passif. En vérité j’ai eu peur pendant un moment que cette jolie blonde, qui passe son temps à rougir, ne soit qu’une énième version de l’héroïne débile. Du genre de celle de 50 nuances : empotée et soumise non à ses propres fantasmes mais à ceux de l’homme qu’elle aime. Quand Faith -argh...- rencontre le jeune premier, Gray, elle se cogne le genou et paraît super empotée. Sauf que l’on découvre qu’elle a des fantasmes de soumission indépendamment de toute relation présente ou souhaitée. Au départ, il s’agit de SON désir à elle. Faith part carrément en quête de son propre épanouissement sexuel et affectif.

Elle sait tellement ce qu’elle veut qu’elle décide d’aller visiter un club libertin select de la ville : The House. Le propriétaire lui donne alors rendez-vous pour la semaine suivante, histoire de lui faire visiter les lieux. Oui, l’héroïne sait ce qu’elle veut. Et ça fait du bien. Alors que Ana -oui, oui, elle m’a traumatisée- ne venait au SM qu’en rencontrant l’amûr, c’est parce que Faith en vient au SM qu’elle trouve l’amûr. Tu vois la différence, ami lecteur ?

Le deuxième point positif de Douce reddition concerne le volet érotique. Sache qu’on est loin -très loin- ici du sexe mignon et romantique. C’est de l’érotisme. Pour de vrai. SM qui plus est. L’héroïne trouve son plaisir dans la soumission, et cela va de la fessée affirmée, au bondage en passant par son chéri qui l’offre à un autre homme. Bien entendu Gray s’assure à chaque fois du consentement et du bien-être de sa compagne, mais leur sexualité n’a rien de vanille. Bref l’auteure, Maya Banks, ne nous vend pas une romance un peu coquine sous l’estampille « Romance érotique », elle nous dépeint des scènes plus chaudes que le cul de Jeanne sur le bûcher.

Voilà pour ce qui m’a plu dans les aventures de Faith Malone… Passons au reste !

D'abord un aspect du récit aurait mérité une place plus importante : l’enquête. Rappelons que c’est pour trouver l’assassin de son coéquipier que Gray quitte la police et se rapproche de Faith. En effet la mère de cette dernière est la petite amie du meurtrier et fait régulièrement appel à sa fille pour lui soutirer de l’argent. Sauf que cette trame n’est qu’une parenthèse qui encadre symboliquement et narrativement la romance érotique. Narrativement, car elle débute l’histoire avant d’en résoudre tous les nœuds dramatiques. Symboliquement parce que d’elle découle nombre de conflits comme les mensonges de Gray à l’héroïne. Hélas les personnages mis en place à cause de l’infiltration du héros, riches de promesses, ne restent qu’anecdotiques : dommage ! Bon, il est vrai qu’en lisant une romance érotique, je me doutais que l’enquête resterait secondaire, aussi cet écueil ne me paraît pas si grave.

Finalement ce qui a fait un peu -beaucoup- chuter la note de Douce reddition c’est le sexisme présent dans le roman. Oui, carrément.

Le plus frappant reste celui dont fait preuve notre héroïne. Alors que c’est une femme forte, qui semble savoir ce qu’elle veut, elle tient un discours qui m’a choquée. Par petite touche, elle fait de nombreuses généralités sur les hommes :

 « Pour commencer, les hommes ne réfléchissent jamais, et ils ne sont surtout pas censés partager le fruit de leurs réflexions sur l’oreiller. »

Ou encore :

« Je ne me risquerais jamais à m’interposer entre un homme et son assiette »

Enfin quand elle avoue à Gray qu’elle cherche un homme qui prenne le contrôle, elle explique que lorsque les hommes n’assument pas leurs responsabilités, les femmes n’ont d’autres choix que de les remplacer. D’accord… Je peux comprendre ce point de vue. Sauf qu’ensuite elle angoisse : « Elle parlait comme une vieille féministe aigrie et revenue de tout ». Sérieusement ?

Au départ j’appréciais vraiment le personnage de Faith : une femme en quête d’elle-même, prête à assumer ses fantasmes. Sauf qu’au fil du roman, je me suis rendu compte qu’elle devenait une petite cruche seulement poussée par ses désirs, au point d’abandonner tout bon sens ou toute prudence. Ainsi, alors que les choses sont au point mort avec Gray, elle éprouve le besoin de prendre du recul. C’est alors que Damon, propriétaire du club libertin dans lequel elle s’est rendue, lui propose de lui prêter une maison de vacances. Elle ne le connaît pas -elle l’a vu trois fois- et il vient de lui avouer qu’il rêvait de disposer d’une esclave consentante. Et bien elle accepte. Ouais. Tiens et si je me jetais dans la gueule du loup ? Sérieusement si elle s’était trouvée dans un épisode d’Esprits Criminels, cette petite dinde n’aurait pas fait long feu !

Bien sur le comportement de la jeune femme peut se justifier par son enfance difficile et blablablabla… Sauf qu’une scène du roman me pousse à me demander si sa vision des hommes et du monde n’appartient pas à l’auteure. Lors de sa première et seule visite à The House, Faith est très excitée en voyant une femme se faire fesser. Elle accepte de prendre sa place mais ne ressent rien de ce qu’elle espérait. Jusqu’à ce que Gray, venu la récupérer, prenne la relève. J’ai eu l’impression que l’on revenait ici à un discours sexiste. Du genre, c’est parce qu’elle ressent quelque chose pour le fesseur remplaçant qu’elle apprécie ce qu’il lui fait. Guano !

Tout cela pour dire que cette romance érotique, bien que fort sympathique, me semble un brin misogyne sur certains points. À quand une femme à la fois soumise et féministe ? Ça nous changerait ! Mais point d’inquiétude, ami lecteur, malgré ses défauts, Douce reddition reste un récit avec plein de trucs cochons et d’amûr. Même que Faith et Gray finissent par se retrouver et qu’aucun doute n’est permis : ils vivront heureux et auront denombreuses petites cravaches pour peupler leurs nuits...

 

NOTE GLOBALE : 11 / 20