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Édition : Points

Parution : 2012 pour la traduction

Genre : roman

 

Parfois ma lecture d'un roman tient au détail. Ici, avec la parution posthume du roman de monsieur Tesich, auteur serbo-américain, ce n'est pas les prix ou les critiques dithyrambiques qui m'ont convaincue. C'est une bricole dans la présentation du livre -version brochée- : on compare Karro aux ouvrages de Easton Ellis. Je voue à ce dernier une admiration mêlée parfois de haine depuis des années. Bref, je suis fascinée par son travail. Et quand on compare un inconnu -pour moi- à l'écrivain, je ne peux généralement pas m'en empêcher, il faut que je vérifie moi-même ce qu'il en est. Ce fut le cas ici, surtout que le résumé pouvait laisser présager du pire comme du meilleur :

Égoïste et cynique, Saul Karoo ment comme il respire et noie ses névroses familiales dans la vodka. Son métier, script doctor, consiste à dénaturer des chefs-d’œuvre pour les aligner sur les canons hollywoodiens. Quand sa carrière croise celle de Leila Millar, une jeune actrice médiocre, il décide contre toute attente de la prendre sous son aile. Car ils sont liés par un secret inavouable...

Beaucoup de lecteurs semblent avoir apprécié essentiellement le premier tiers du roman. Nous faisons alors connaissance avec notre personnage/narrateur : Saul Karoo. Tout un monde de vacuité et de cynisme vain nous explose alors au visage. Un anti-héros comme on peut en voir régulièrement dans la littérature américain depuis les années 80 : détestable, vide, pitoyable et finalement presque attachant dans sa grotesque humanité. Ensuite, une partie des avis reproche au livre de sortir de ce cynisme pour tomber dans un récit plus mou, moins féroce et parfois -ô comble de l'horreur- sentimental. La fin -déjantée et tragique- a réconcilié certains lecteurs avec le roman.

Quant est-il de moi ? Et bien c'est un peu l'inverse. Si j'ai pu apprécier l'humour présent au début du roman et la qualité de l'écriture, je n'ai cessé de me dire : mon dieu encore un récit qui porte le cynisme en bandoulière, qui se veut peinture d'une société pathétique toussatoussa. Sauf que Easton Ellis l'a tellement bien fait que j'ai tendance à m’essouffler rapidement sur le sujet. Puis le roman m'a prise par surprise. Ce que les autres ont vu comme la mollesse centrale du bouquin, je le vois comme le symptôme que Karoo est un chef-d’œuvre, oui n'ayons pas peur des mots. Ce sentimentalisme, cette pseudo-rédemption porte en elle-même la critique de la mécanique précédente. Tesich ose tout détruire même le début de son roman. Et au moment où tout cela risque de tourner en rond, on comprend -avant le narrateur- l'anagnorèse qui va bientôt surgir. La férocité revient puissance dix mille et l'ouvrage se termine dans un délire mythologique hallucinant qui justifie tout le reste.

Alors non, ce roman n'est pas reposant, il n'est pas simple d'accès vu la densité du récit, vu son foisonnement littéraire. Mais quand j'ai refermé l'ouvrage, j'ai eu une seule pensée : la littérature est loin d'être morte et c'est bien rassurant.

 

Note Globale : 18,5 / 20