Les mauvaises surprises sont nombreuses quand on lit beaucoup. On ouvre un roman, pensant trouver quelque chose d'intelligent et/ou de divertissant, et on tombe sur du culture pourrie. Il faudrait un talent d'acrobate pour éviter les mauvais livres, don que je n'ai pas. Au contraire, quand je cherche à m'amuser au détriment d'un ouvrage, il est facile d'aller farfouiller du côté des Harlequin ou de certains auteurs coutumiers de l'exploit. L'attente est rarement déçue.

 

Et parfois, -d'accord, c'est la première fois- on ouvre une romance estampillée Culture Pourrie dans son esprit puis on a une bonne surprise. Oui, oui. Quand j'ai repéré le livre qui m'occupe aujourd'hui, tout m'a conduit à penser que je pourrais en faire une chronique désopilante. Déjà la maison d'édition de l'amûr n'est pas franchement l'antre des bonnes surprises. Au mieux, je trouve dans ses publications des récits qui me procurent une demi heure de divertissement un peu bête. Au pire, du culture pourrie drolatique. Ensuite, la couverture dégoulinante de mièvrerie me donnait à elle seule des frissons. Enfin, le résumé semblait indiquer du clichés en veux-tu en voilà :

 

Impossible... Une fille sérieuse, érudite et accomplie comme elle ne peut pas être en train de tomber sous le charme d'un ancien cancre et bad boy notoire ! Et pourtant... En dépit de tout bon sens, Pénélope doit bien reconnaître que lorsqu'elle se trouve en présence de Nicholas Rheinardt, son ex-camarade de classe aujourd'hui devenu un célèbre présentateur de télévision, elle perd toute maîtrise d'elle-même... Des émotions qu'elle doit faire taire à tout prix. Car comment garder contenance et réussir à travailler avec lui sur le projet d'émission qu'il lui propose, si le moindre de ses regard allume le feu en elle ?

 

Si tu lis -ou a lu- des Harlequin, ami lecteur, je suppose que tu imagines ce que je pensais trouver dans Sous son Charme. Une héroïne intelligente mais peu sûre d'elle qui rencontre un Homme, un Vrai avec un passé de mauvais garçon. Notre bô héros posera ses yeux sur la petite intello et leur amour devra triompher de leurs différences culturelles gnagnagnagnagna. Au détour des pages, je voyais déjà les enjeux du complexe de celui qui n'a pas fait d'études face à une première de la classe qui nie le corps et le désir.

 

Bref, je me revois, ouvrant le roman, prête à surligner les passages idiots, sabre de la critique méchante à la main, mauvaise esprit en bandoulière. Et puis, ce fut le drame. Il m'a suffit d'un seul chapitre pour comprendre que je pouvais ranger mes outils estampillés « Culture pourrie ». Au lieu du gouffre de bêtises auquel je m'attendais -avec jubilation- j'ai découvert une petite romance fort sympathique. Pas révolutionnaire, non, mais agréable et joyeuse. Pénélope, notre héroïne, n'a rien d'une intello caricaturale. Déjà, nulle besoin de révéler sa beauté en lui enlevant ses tailleurs moches, ses lunettes et son chignon trop strict -ce procédé me fait toujours hurler de rire-. Elle est jolie, voilà tout. De plus, elle n'a aucun problème avec son corps ou le sexe. Pas de fausse frigidité, pas de presque virginité. Par contre elle est très spéciale notre personnage. Tellement que son propre frère la suppose atteinte du syndrome d'Asperger. Face à elle, dans le ring de l'amûr, on a Nicholas. Qui n'a rien du stéréotype classique chez Harlequin intitulé « Je suis un bad boy mais je suis surtout un homme avec des fêlures ». C'est juste un mec un peu instable, complètement immature qui concourt au prix du père déplorable de l'année.

Non seulement les personnages possèdent quelque chose de vraiment attachant et charmant mais leur rencontre n'a rien de la quête harlequinesque basique. Leur histoire est jolie, mièvre oui mais simple. Pas de quiproquos capilotractés. Pas de « il faut que le couple change complètement pour trouver le bonheur ». Et puis, miracle, il y a de vrais personnages secondaires : Arama, la fille du héros, que j'ai beaucoup aimé, Press l'assistant mignon de l'héroïne, Georgie le producteur loyal... Le couple vedette ne prend pas toute la place au détriment du reste.

Mettons les choses au point, je ne dirais pas que Sous son charme est la romance de l'année, n’exagérons rien, mais sincèrement, j'ai passé un très bon moment avec Pénélope et Nicholas. Une lecture légère et plaisante, loin du Culture pourrie auquel je m'attendais. Et je ne suis pas certaine de m'en remettre.

NOTE GLOBALE : 12 / 20