1527718_3382195


Édition : Philippe Picquier

Parution : 2001 pour la traduction

Classement : roman / « semi-autobiographie » dixit Weihui dans sa postface

 

Si tu es un lecteur fidèle, tu sais que le mois dernier j'ai aidé Ema à déménager. J'ai surtout emballé et porté des livres. Ne perdant jamais le nord -un comble pour quelqu'un incapable de lire un plan-, j'en ai profité pour lui piquer quelques bouquins. Parmi eux, l'ouvrage qui nous occupe aujourd'hui. Brûlé et interdit en Chine, Shanghai Baby est devenu un best-seller. Logique. Récit d'une ville ? D'une génération ? J'étais plutôt curieuse et bien disposée en ouvrant le roman:

Shanghai baby, interdit, saisi et pilonné dans son pays comme au bon vieux temps de la révolution culturelle, bouscule hardiment les tabous et souffle un vent nouveau et provocateur sur la chine.
Coco, une jeune femme sans complexes animée d'une prodigieuse soif de vivre et de tout découvrir, raconte le roman de sa vie, aimantée par ces deux pôles que sont tiantian le frère de
cœur, peintre fragile et impuissant, et mark l'amant allemand.

Mouais. Dubitative l'AlterVorace. Et déçue. Nous avons donc une narratrice au centre d'un triangle amoureux classique : l'amoureux impuissant et l'étranger qui offre l'orgasme. Voilà. Bon. Et après ? La vraie bonne chose du bouquin est l'amour que l'héroïne -et l'auteure- porte à la ville de Shanghai et à un certain milieu légèrement underground. Et on se prend à vouloir, nous aussi, déambuler dans la ville chinoise et à goûter à sa vie nocturne. Cette dimension justifie cette lecture. A côté de cela, on a une fausse bonne idée avec la mise en avant du thème de l'écriture. La narratrice est écrivain et en même temps que l'on assiste au chaos de sa vie amoureuse, on la voit écrire un livre. Sauf que tout ça m'a un peu gonflée. Déjà que les errances de Coco possèdent un relent un peu écœurent d'égocentrisme vain, voir cette dernière noircir des pages en se congratulant de son talent confine carrément au nombrilisme. Et si on ne s'ennuie pas, -le personnage de Tiantian m'a plu et je voulais savoir comment cela tournerait-, le récit ne laisse pas un souvenir impérissable.

Sincèrement, si ce bouquin n'avait pas fait scandale dans son pays, s'il n'avait pas été interdit, aurait-il eu ce succès ? Même si on ne cherche que le regard d'une génération sur elle-même, tout cela est un peu fade. Il manque un regard plus acéré, plus fin sur le monde que nous décrit Weihui. Il est de bon ton de défendre la liberté des auteurs et donc les romans attaqués par la censure du gouvernement chinois. Bien entendu, l'idée que Shanghai Baby soit interdit doit nous indigner, du moment qu'on ne confond pas défense des Droits de l'homme et hommage littéraire.

Je suis d'accord qu'on devrait -même en Chine- pouvoir vendre au grand jour le récit de Weihui, mais sincèrement, on n'est pas obligé non plus d'en conseiller la lecture.

 

NOTE GLOBALE : 09 / 20