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Édition : Jean-Paul Gisserot

Collection : Histoire

Parution : Octobre 2012

Classement : Essai / Histoire

 

Comme tu le sais peut-être, ami lecteur, j'aime l'Histoire et si j'en parle peu ici, je lis souvent des articles et des essais concernant cette science humaine. Parmi les périodes qui me fascinent, le Moyen Age n'est pas des moindres. Sans doute  parce que son étendue le rend protéiforme et aussi parce que sa connaissance est finalement assez récente. Admiratrice de Georges Duby -à qui les médiévistes contemporains doivent tant-, j'apprécie les ouvrages qui rendent l'Histoire accessible sans pour autant la rendre enfantine. Tout cela pour dire que je ne pouvais pas résister quand j'ai eu l'occasion de lire l'ouvrage de Jacques Rossiaud -professeur à Lyon 2 et historien-médiéviste- présenté ainsi :

En matière de sexualité, il existe des Moyen Ages et non un seul. Sur le fond commun d'une infériorisation de la femme plus ou moins marquée selon les milieux, les perceptions de la chair et de ses faiblesses, en un premier temps rigoureusement condamnées, évoluent, avec les comportements et les pratiques sociales. Aux moines, recteurs des mœurs, succèdent - vers 1200 des théologiens attentifs à la nature et à ses impératifs. Alors s'épanouit, dans le cadre du mariage (seul espace d'abord consenti à la " charnalité " humaine) puis bien souvent en dehors de lui, une sexualité mâle fort libre à condition qu'elle demeure naturelle. Le présent ouvrage s'efforce d'expliquer cette évolution des moeurs en ménageant leur place aux amours sodomitiques et homosexuelles progressivement rejetées dans l'ombre, mais partout discernables.

 Édifiant, intelligent et parfois audacieux, le court ouvrage -moins de 150 pages- de Jacques Rossiaud m'a passionnée. Tous les sujets sont abordés : prostitution -l'auteur a d'ailleurs publié sur la question un très bon ouvrage Amours vénales : La prostitution en Occident, XIIe-XVIe siècle-, conjugalité, masturbation, homosexualité... L'essai est accessible bien que déconseillé pour la plage. Et surtout, il participe à un processus valable depuis une quarantaine d'années : démystifier le Moyen Age. Ce dernier est, hélas, souvent malmené dans l'imagerie populaire et il est fort dommage que nombre d'entre nous se fourvoient sur cette période. Déjà son ampleur -près de mille ans- devrait à elle seule nous empêcher de tenter de le résumer en quelques images. Combien de films et de romans ont donné au Moyen Age l'image d'une ère obscure et barbare dénuée de toutes nuances ?

Ici, c'est donc la sexualité à cette époque qui est abordée. J'ai appris énormément grâce à cet ouvrage et des choses qui m'ont parfois surprise. Ainsi, la tolérance qui a un temps régné concernant la masturbation féminine :

La masturbation des femmes est encore mieux tolérée. Albert le Grand, suivant en cela plusieurs auteurs arabes va jusqu'à la conseiller, dans certains cas, pour celles qui sont privées de rapport ; la jeune fille récemment pubère « commence alors à désirer la coït, mais dans son désir, elle n'émet pas ; elle imagine le membre viril et se livre à des pratiques avec les doigts », alors « les conduits sont relâchés par la chaleur du frottement et l'humeur spermatique ; par là leurs aines sont tempérées, et deviennent plus chastes ». Les passions sont ainsi contrôlées, sans perte de la précieuse semence qui accompagne la masturbation masculine.

L’Histoire de la sexualité au Moyen Age est encore un domaine extrêmement récent et il reste encore de nombreux aspects à comprendre pour les chercheurs. Sexualités au Moyen Age est un pas de plus vers la connaissance de cette question. Passionnant !

Ps : Notons le prix plus que raisonnable pour le livre en question, tout ce savoir pour seulement 5 euros, c'est appréciable.

NOTE GLOBALE : 17 / 20