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Édition : Pocket

Parution : 1996 pour l'édition original

Classement : roman

 

De ce roman, à l'époque de sa sortie, j'avais entendu surtout parler par le mystère qui entoure Chimo. Le manuscrit a été déposé par des avocats chez l'éditeur et l'écrivain a gardé l'anonymat. Dès la parution, la question a presque supplanté l’œuvre : Mais qui est Chimo ? Un débutant ? Un auteur confirmé caché derrière ce nom ? Personnellement, je m'en fiche. Le texte, c'est cela qui m'intéresse. Je me suis donc lancée dans ma lecture en ne tenant compte de rien d'autre, même pas du résumé qui ne dit pas grand chose :

Chimo vit dans une banlieue hostile. Il a 19 ans. Un jour apparaît Lila qui a 16 ans et qui est blonde. Elle habite avec sa tante, catholique fervente qui voue un culte à sa virginité. Lila se montre d'un érotisme incroyablement provocant, envoûtant. Elle est le soleil et le diable. L'unique source d'inspiration de Chimo. Tout ce qui arrive par elle, il le relate avec urgence dans son journal.

Tu l'as peut-être remarqué, ami lecteur, j'ai un problème avec les étiquettes et je remets souvent en cause celles que l'on pose sur les ouvrages que je lis. Et voilà que je vais devoir recommencer aujourd'hui. Lila dit ça est rangé partout dans le rayon « érotisme ». Le livre serait donc -selon le dictionnaire- « une description et exaltation de l'amour sensuel, de la sexualité. » Sauf que non. Oui on parle cul. Beaucoup. Mais l'appréhender ainsi, ce serait passer à côté de l’œuvre. Alors on va oublier les classements des sites de vente en ligne et on va oublier les articles de presse. Je vais me contenter de dire quelle résonance le roman a eu pour moi.

Lila dit ça est un magnifique roman/poème sur le langage, sur le pouvoir des mots. Le narrateur, Chimo, gamin maladroit et sans avenir, aime écrire et le fait dans un français à première vu brut et maladroit. Dans son univers étriqué, fait de misère sociale et intellectuelle, l'arrivée d'une très jeune femme, Lila, va tout bouleverser. Lila est belle, Lila est blonde, Lila semble un peu folle. Elle parle à Chimo de sexe et de fantasmes et le jeune homme, fasciné, écrit tout cela. La relation entre les héros est d'une grande pauvreté physique : un peu de voyeurisme, quelques caresses. Les mots sont là pour le reste. Dans une vulgarité parfois désespérée, Lila fait tourner la tête au narrateur. Qui s'interroge sur l'écriture et soupire après les mots qu'il ne connaît pas et voudrait conquérir. Certains lecteurs disent que c'est mal écrit. Oui. Volontairement mal écrit. Une telle poésie ne doit rien au hasard. Le texte a une sonorité affranchie de tout le reste. La syntaxe, la ponctuation, le sens parfois, rien ne compte sauf le pouvoir de ce que Lila dit et Chimo écrit. Je parierais d'ailleurs que le texte est d'un écrivain confirmé tellement le style -parfois un peu facile et affecté- est ciselé.

Un récit à ne pas lire à la loupe, parce que criblé de défauts. Au contraire, il faut entrer dans l'ouvrage comme on entrerait dans un bain de poésie, se laisser porter par les mots, le phrasé, la sensualité de Lila, le contraste entre la crudité de son discours et la lumière que Chimo perçoit d'elle. Alors peut-être, ami lecteur, que tu seras, comme moi, sensible a ce qu'a dit Lila.

Je la connais à peine, je la connais bonjour bonsoir et quelques allusions en plus. Là dans le sable elle me parle pour la première fois, tout ça avec sa voix de mélodie que vous la suivriez à travers les ronces, sa voix qui est jamais coupable, qui fait mal mais c'est pas exprès, une voix pour faire croire à des miracles et pour annoncer des départ d'avions qui ne reviendront jamais, dans des aéroports de cuir.

 

NOTE GLOBALE : 18/ 20