fleurs

Édition : J'ai Lu

Collection : Science-fiction

Parution : 1972 pour l'édition française

Classement : roman, anticipation, psychologie, drame

 

Aujourd'hui, ami lecteur, je ne vais pas te parler d'un roman que je viens de découvrir mais d'un livre qui me suit depuis des années. Rendons grâce à Sephirotha de m'avoir poussée à écrire cette chronique, cela fait longtemps que je le dois et cela m'a donné une bonne excuse pour relire Des Fleurs pour Algernon.

Mettons tout de suite les choses au point. Ce roman n'est pas un récit de science-fiction. Non. Je n'ai rien de particulier contre cette dernière, mais il faut arrêter d'estampiller tout ce qui parle un peu de science et d'imaginaire de science-fiction. Certes, le récit a pour point de départ une opération. Celle du héros, Charlie. Handicapé par son QI très bas, les médecins expérimente sur lui un traitement chirurgical pour augmenter son intelligence. La procédure a eu des effets positifs sur Algernon, une petite souris.

Tout le roman a pour narrateur Charlie et lorsque s'ouvre le récit, son écriture malhabile et bourrée de fautes d'orthographe décrit son existence paisible entre son travail et ses cours pour adulte. Le jeune homme est heureux de son quotidien. Au fil des pages, l'opération produit ses effets sur le journal que tient le héros. Les fautes se raréfient, le style s'affermit et Charlie s'éveille à une autre réalité. En même temps que son intelligence se développe, les vérités -parfois cruelles- du monde lui apparaissent. Tout se révèlent sous un autre jour et il découvre la méchanceté, le désir, le plaisir d'apprendre, l'art... En parallèle, son passé difficile refait surface dans une quête troublante. Puis le « cobaye » dépasse ses maîtres et le développement de ses capacités semblent sans limite. Il s'attache à la petite souris Algernon au moment où son QI, désormais hors-norme, l'éloigne des autres. Puis le rongeur se met à régresser...

On a beaucoup écrit sur cet ouvrage, un classique. Certains ont voulu voir une réflexion sur le fait qu'en devenant de plus en plus intelligent, Charlie perd sa capacité au bonheur et son humanité. Personnellement dans l'histoire de Keyes, j'ai vu une histoire de prisons intérieures. Car oui, Charlie est d'abord emprisonné par son handicap. Son horizon est réduit malgré son bonheur. Après l'opération, sa prison est très vite tout aussi fermée. C'est sa -trop- grande intelligence et sa lucidité qui formeront les barreaux de sa cellule.

Alors que le héros avait pour plus grande joie d'avoir des amis, il se rend compte qu'il est toujours seul. Avec les capacités d'un enfant, il vivait dans l'illusion de l'amitié puisque qu'incapable de se rendre compte des moqueries et de la cruauté d'autrui. Ensuite, ses hautes capacités vont le séparer du reste du monde.

Le roman est d'une grande tristesse mais l'émotion est transmise de manière subtile. On ne tombe pas dans le pathos. La tragédie de Charlie reste sans surprise -on sait très vite que cette histoire ne pourra être qu'un drame. L'écriture de Keyes -et la traduction est, je trouve, à la hauteur- est admirable. Durant ma lecture, je n'ai eu aucun mal à me glisser dans la peau du narrateur. Comme ce dernier, la cruauté du monde m'a frappée avec violence. Comme lui, j'ai ressenti la jubilation de la normalité. Puis les désillusions.

Des Fleurs pour Algernon est un très grand roman. A chaque relecture, l'émotion est présente et engendre de nouvelles réflexions. Un roman humaniste, philosophique, touchant. Bref, un roman indispensable.

 

NOTE GLOBALE : 18,5/20