fournier

Édition : Stock

Collection : Roman

Parution : 2008

Classement : Romance

 

Peut-être as-tu remarqué, ami lecteur, que normalement c'est Ema qui s'y colle le mercredi. Or, ma collègue a semblé poursuivie par la poisse en ce début d'année puisque tous les membres de son foyer ont été malades tour à tour. Ses fonctions d'infirmière ne lui laissant que peu de répit je lui ai proposé d'écrire l'article d'aujourd'hui. Le délai étant un peu court -pour moi qui publie toujours au moins trois semaines en avance-, j'ai choisi de vous parler d'un livre que j'ai lu à sa sortie. La thème de l'ouvrage m'avait fortement interpellée :

Jusqu'à ce jour, je n 'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J'avais honte ? Peur qu'on me plaigne ?

Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible : « Qu est-ce qu'ils font ? » Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre.

Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange. Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d'une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d'eux avec le sourire. Ils m ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement.

Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu 'ls feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien. Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.

Tu sais que j'aime mettre les choses au point au début d'une critique... Ce livre parle des enfants de l’auteur, ses deux aînés, nés handicapés. L'ouvrage a eu du succès et s'est vu discerné le prix Femina. La maman des enfants dont parle Où on va papa ? a alors ouvert un blog pour faire partager son point de vu et dire ce qui le sépare de celui de monsieur Fournier. Une plainte a été déposé par l'auteur, une petite polémique est née. Bien que je vous parle rapidement de ce contexte, cela ne nous intéressera pas ici. Pour une raison simple : j'ai lu ce bouquin comme un roman. Qu'il soit autobiographique est bien sur incontestable mais cela reste néanmoins un roman. Avec ses partis pris et sans doute ses choix littéraires. Le reste n'a pas sa place ici et je me permettrais pas de juger de la réalité des faits ou des conflits pour lesquels nous n'avons aucune compétence.

Ce roman a été un petit coup de cœur. Je ne vais pas justifier cette très bonne note en décortiquant les mots de monsieur Fournier. Ni parler de psychologie des personnages. Encore moins du peu de place pour le handicape dans notre société ou les médias. Ce n'est pas un roman que j'ai apprécié de manière intellectuelle. Tout simplement Où on va papa ? m'a merveilleusement malmenée. J'ai pleuré avec ce texte mais j'ai ris aussi. Beaucoup. Je vais enfoncer des portes ouvertes -mais bon les portes déjà ouverte, c'est bien aussi, puis c'est moi douloureux à enfoncer- mais la pire discrimination, à mes yeux, est de refuser de rire d'une classe d'individus. Refuser de rire d'autrui, quand c'est avec tendresse, c'est lui nier son humanité, c'est remplacer la beauté de l'empathie par le mépris de la pitié. Et ce roman rit avec tendresse, avec désespoir aussi. Un livre que j'ai refermé le cœur chamboulé. Ce qui est rare.

NOTE GLOBALE : 17 / 20

Sinon, ô lecteur adoré, si ce n'est encore fait, va donc donner ton avis et répondre au sondage, ici...