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Édition : numérique, libre de droits

Classement : classique, roman, littérature anglaise, passions

 

Ce roman m'a accompagnée la moitié de ma vie et depuis ma rencontre avec Jane, je le relis au moins une fois par an. Quand je me suis rendue compte que je ne l'avais jamais chroniqué ici, je me suis empressée de le relire. Faut dire que ça me démangeait de replonger dedans depuis le Culture Pourrie avec Biaise. Allons-y pour le pitch :

Orpheline, Jane Eyre est recueillie à contrecoeur par une tante qui la traite durement et dont les enfants rudoient leur cousine. Placée dans une pension, elle y reste jusqu’à l’âge de dix-huit ans. Elle devient alors gouvernante...

Sans doute que je ne suis pas capable d'être vraiment objective sur le roman de Charlotte Brontë. A chaque relecture, je m'indigne, je me pâme, je m'émeus aux mêmes endroits. Tout est là. Les paysages sublimes, la passion et le désir, la dénonciation sociale. Toute la partie sur la pension de Lowood fait forcément penser à Dickens -Oliver Twist- et le calvaire de la petite Helen s'inspire du destin de la propre sœur de Charlotte, Maria. On voit comment le tempérament de notre héroïne est brimé, bâillonné par l’institution. Certains, à tort, ont tendance à ne voir en Jane Eyre qu'une romance passionnée dans la lande mais c'est ignorer toute ce qui a pu faire scandale à l'époque. Madame Brontë ne se contente pas de dénonciation sociale, elle met en scène une héroïne passionnée, sujette au désir à une époque où une gouvernante ne devait montrer aucune humanité. Tous les personnages sont en marge de ce que les mœurs de l'époque exigent : Jane et ses désirs, Rochester, Adèle l'enfant illégitime. Tous ont une nature en opposition à leurs devoirs.

Non seulement le roman nous offre des pistes nombreuses de réflexion mais il transcende les genres de son époque. Nous pouvons retrouver le Romantisme avec les merveilles de la lande et les affres émotionnels de Jane et les passages sur Thornfield -avec le mystère, et l'ambiance de la vieille demeure- nous font immanquablement penser aux romans gothiques de Radcliffe.

Malgré cet ancrage dans une époque, Jane Eyre est avant tout un roman qui transcende le temps. Jane est universelle. Son bouillonnement intérieur « Je ne connais pas de milieu ; à aucun moment de ma vie, dans mes façons d'agir envers des caractères durs et sûrs, opposés au mien, je n'ai connu de milieu entre la soumission absolue et la révolte résolue. » Jane a soif de liberté et les humiliations ne la brime qu'extérieurement. Son apparence physique, sans beauté, donne aussi au personnage quelque chose d'unique. C'est d'ailleurs un défi que Charlotte avait décidé de relever. Les sœurs de l'auteur pensaient qu'une héroïne ne pouvait être que belle pour être intéressante. Charlotte leur aurait alors dit qu'elles se trompaient et qu'elle allait le leur prouver. Et quelle preuve !

Que pourrai-je encore te dire ami lecteur pour te persuader de lire Jane Eyre ? Peut-être qu'à chacune de mes lectures, je découvre quelque chose, que je comprends une nouvelle dimension. Ce roman semble comme grandir avec nous, changer en même temps que notre propre regard. Et n'est-ce pas le propre des grands livres ?

 

NOTE GLOBALE : 17,5 / 20