Édition : Points

Parution : 2006 pour l'édition originale

Traduction : François Hirsch

Classement : roman

 

Depuis longtemps je me méfie facilement des ouvrages primés -et oui même du Pulitzer-. Combien de critiques de La Route crient au chef-d'œuvre tandis que quelques mauvais avis se contentent d'asséner que c'est plat et qu'on s'ennuie tout au long du récit ? Les années ont passée, l'hystérie s'est apaisée alors je me suis dit que c'était juste le bon moment pour m'attaquer au roman de monsieur McCarthy :

L'apocalypse a eu lieu. Le monde est dévasté, couvert de cendres et de cadavres. Parmi les survivants, un père et son fils errent sur une route, poussant un Caddie rempli d'objets hétéroclites. Dans la pluie, la neige et le froid, ils avancent vers les côtes du Sud, la peur au ventre: des hordes de sauvages cannibales terrorisent ce qui reste de l'humanité. Survivront-ils à leur voyage ?

Alors je ne vais peut-être pas vraiment me faire d'amis avec cet article. Ceux qui ont détesté et qui fantasmaient une critique méchante de ma part seront déçus. Et ceux qui se sont pâmés devant l'ouvrage en criant au chef-d'œuvre vont trouver que je suis bien difficile... Tant pis, je ne cherche pas à me faire des amis.

Commençons par le récit. Un père et son fils suivent une route vers le sud dans un monde dévasté. Une marche sans répit dans la peur et la faim où l'autre est un ennemi en puissance, où l'humanité n'a plus que quelques soubresauts au travers du personnage de l'enfant. Ce n'est pas un roman qui nous parle de deux vies mais d'une survie presque impossible. Les deux personnages ne se parlent presque pas et semblent occupés à seulement continuer d'avancer. C'est court, 250 pages, et répétitif. Logique puisque l'univers décrit n'est que cendre et cadavres. Quelques rencontres -toujours violentes et tragiques- émaillent le périple de nos héros. Franchement il m'aura fallu une bonne cinquantaine de page pour rentrer dans l'univers de La Route. L'aridité de la trame colle parfaitement mais rend la lecture un peu laborieuse. Ce qui m'a le plus touchée est le décalage entre la vision de l'enfant, ses espoirs, et la réalité. Il ne cesse de parler de méchants et de gentils. Il demande régulièrement à son père s'ils sont toujours du bon côté. Certains ont vu dans l'humanité de l'enfant, dans sa volonté d'être dans le camp du bien, une lueur d'espoir. J'irai plus loin en disant que cette lueur d'innocence est la part de religion dans le texte. Plusieurs fois le père parle de son fils comme du seul Dieu qui existe encore, de sa seule raison de marcher. L'enfant, porteur d'un fragment de foi, symbole de ce qui pourrait peut-être sauver l'humanité. Peut-être que l'auteur a voulu nous montrer que la vérité était du côté de cette lueur, que la vie est précieuse même dans ce genre de monde... J'avoue que la violence m'a semblé beaucoup plus crédible -je suis une mécréante après tout-. Pour moi c'est dans la cruauté, le cannibalisme que réside ce que serait vraiment l'Homme face à ce genre d'apocalypse. Je vois de la noblesse dans l'abandon d'une survie aussi vide alors que le roman semble vouloir nous montrer que l'espoir reste toujours une possibilité.

Bref, une histoire sombre et aride qui a réussi à plus ou moins m'embarquer. Mais pas non plus un chef d'œuvre. On peut se raccrocher au symbolisme pour rendre le roman plus profond, certains ont fait des analyses fouillées de l'ouvrage pour en démontrer la valeur philosophique. Alors oui on peut voir dans ce père et ce fils des nouveaux Sysiphe sans cesse rappelés à l'obligation de continuer, de survivre. On peut voir dans leur marche une métaphore de la condition humaine... Ouais bof, j'ai toujours eu du mal avec les pseudo-contes philosophiques et je n'ai pas été du tout sensible à cette dimension. Ce paradis perdu à jamais ne m'a pas déplu, je n'ai pas trouvé cela mauvais, mais franchement je n'ai pas pris de claque littéraire. Peut-être que cela vient du style... D'ailleurs parlons-en un peu...

Le style correspond merveilleusement au récit et à l'ambiance post-apocalyptique du roman : sec, aride, répétitif, lancinant. L'écriture est vraiment travaillée dans ce sens et je sais que beaucoup ont été sensibles à cela. Pas moi. Oui, j'ai compris le pourquoi de ce style, oui il y a beaucoup de force dans les mots de monsieur McCarthy. Sauf que la prolifération de « et » et de « quand » m'a agacée. Pour que l'écriture de l'auteur me charme tout à fait il y manque la subtilité. Les constructions brutes sont trop démonstratives pour me plaire, la répétition n'a de noblesse que lorsqu'elle est raffinée. Cela n'est pas incompatible avec la brutalité indispensable à ce roman, il n'y a qu'à regarder du côté de certains auteurs asiatiques qui parviennent à peindre une cruauté, une violence, une barbarie pleines de délicatesse. Dans La Route, je n'ai pas trouvé cette qualité.

Je garderai donc un bon souvenir de ce roman mais je suis loin de crier au chef d'œuvre ; si l'ouvrage m'a émue, je n'ai, hélas, pas reçu la claque littéraire que l'on pourrait attendre d'un prix Pulitzer. Dommage.

 

NOTE GLOBALE : 12 / 20