9782355220395

 

Édition : Zones

Parution : 2012

Classement : essai

 

Sache ami lecteur qu'on dit parfois de moi que je ne suis pas très féminine. Sauf que j'ai toujours un peu de mal avec ce concept. Jusqu'à preuve du contraire j'ai un utérus et pas de chromosome Y, je SUIS donc féminine. Point besoin de talons hauts pour cela. Pourtant la question de la féminité hélas trop souvent ramenée à une dictature de la mode et de la beauté m'a toujours intéressée. De la même façon j'ai tendance à fantasmer sur la possession d'un lance-flammes lorsque je lis partout que les mères de famille ne doivent pas oublier d'être femmes. Sauf que je suis une femme. Même avec le cheveux gras et le mollet poilu. Résumons : ce qui compte alors, ce n'est pas être femme mais paraître femme selon les critères de la société ? Être femme/féminine c'est donc utiliser les attributs consuméristes qui remplissent les catalogues ? Être femme c'est accepter sans broncher cette course épuisante à des modèles qui n'existent même pas -merci photoshop- ?

La pression faite, particulièrement sur les femmes -et entretenue d'abord par elles- à être belles est donc un sujet à la fois intéressant et qui porte à polémique. Aussi quand j'ai eu connaissance de l'ouvrage de Mona Chollet, je me suis littéralement jetée dessus :

La « tyrannie du look » affirme aujourd’hui son emprise pour imposer la féminité la plus stéréotypée. Décortiquant presse féminine, discours publicitaires, blogs, séries télévisées, témoignages de mannequins et enquêtes sociologiques, Mona Chollet montre dans ce livre comment les industries du « complexe mode-beauté » travaillent à entretenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au cœur de la sphère culturelle. Le corps féminin est sommé de devenir un produit, de se perfectionner pour mieux se vendre. Un esprit absent dans un corps-objet : tel est l’idéal féminin contemporain.

L'ouvrage de madame Chollet ressemble à un coup de poing intellectuel. D'accord ou pas, le texte ne peut pas nous laisser indifférents. Le mécanisme de la tyrannie de la beauté unique est décortiqué par le prisme des médias, de la sociologie, de l'histoire. L'aliénation de la femme par ce biais est une thèse passionnante même si je n'ai pas acquiescé à tous les propos de l'auteur. Beauté fatale est assurément un livre engagé et féministe dans le sens où y est dénoncé le sexisme présent dans l'industrie de la mode et de la beauté. Mona Chollet s'attaque à tout : les magasines féminins, Internet, la chirurgie esthétique, le cinéma... Plus étonnant, pour moi, elle fait le lien entre racisme et l'image véhiculée par les magasines -la femme mince, blanche et blonde-. Non seulement elle explique que la femme subit le carcan invisible de cette course à la beauté mais qu'en plus ce modèle uniforme entretient des comportements à risque dans certains pays -débridement des yeux en Chine, blanchiment de la peau en Inde...-.

L'ouvrage foisonne d'idées et de faits intéressants. A mes yeux le seul vrai défaut de ce livre est qu'il ne parle pas vraiment de l'emergence d'une pression équivalente pour les hommes. Parce que c'est un des contre-arguments des anti-féministes. Quand on s'indigne de cette condamnation des femmes à se conformer à un modèle unique de beauté complètement irréaliste, on entend parfois dire : "Oui enfin, ça commence aussi chez les hommes hein." L'égalité par le bas, ça ne m'interesse pas. Allons très -trop- loin... C'est comme si on disait que les violences domestiques faites aux femmes par leurs conjoints seraient rendues anecdotiques par la multiplication des cas d'hommes maltraités par leurs épouses. Bref on ne règle pas la faim dans le monde en imposant la famine aux pays riches.

Beauté fatale est donc pour moi un coup de cœur. L'ouvrage pose quelques questions vraiment pertinentes et suscite une saine indignation. Le genre de bouquin qu'il serait bon de faire passer.

 

NOTE GLOBALE : 17 / 20