Je sais, je sais... Toi qui es abonné à la newsletter, tu te rappelles sans doute que j'aurais dû te parler d'une certaine Harper toussatoussa. Sauf que pour coller au plus près à l'actualité littéraire, je préfère vous coller ma chronique sur le bouquin qui fait parler de lui en ce moment. Pour une fois que je ne réagis pas complètement après tout le monde...

Édition : JC Lattès

Parution : 2012

Classement : romance érotique

 

Si tu es un internaute qui s'informe un minimum et si tu ne vis pas dans une hutte au fin fond de la Corrèze, tu as entendu parler de ce bouquin au succès commercial retentissant. Forcément, n'écoutant que mon dévouement, je ne pouvais pas ignorer le phénomène, je me devais de lire l'ouvrage en question et d'en faire une critique :

Quand Anastasia Steele, étudiante en littérature, interviewe le richissime jeune chef d’entreprise Christian Grey, elle le trouve très séduisant mais profondément intimidant. Convaincue que leur rencontre a été désastreuse, elle tente de l’oublier – jusqu’à ce qu’il débarque dans le magasin où elle travaille et l’invite à un rendez-vous en tête-à-tête. 

Naïve et innocente, Ana ne se reconnaît pas dans son désir pour cet homme. Quand il la prévient de garder ses distances, cela ne fait que raviver son trouble. 

Mais Grey est tourmenté par des démons intérieurs, et consumé par le besoin de tout contrôler. Lorsqu’ils entament une liaison passionnée, Ana découvre ses propres désirs, ainsi que les secrets obscurs que Grey tient à dissimuler aux regards indiscrets… 

Ce roman suscite des réactions aussi étonnantes que disproportionnées. Des articles à la pelle, des critiques construites comme des plans de bataille et même des reportages sur TF1. Pour une fois, je ne vais pas partir de ma lecture mais des critiques que j'ai lues. Car la majorité d'entre elles m'ont fait lever les yeux au ciel.

Avant tout, plantons un peu le décor. Anastasia est une jeune innocente de 21 ans qui n'a jamais eu de petit ami. Elle rencontre alors un jeune PDG de 28 ans, Christian, qui a tout pour lui -beau, riche, mystérieux blablabla-. Alors qu'elle est sous le charme, il la met en garde plusieurs fois : il n'est pas pour elle. Leur attirance ne faiblit pas et Christian révèle alors son secret à la jeune femme : adepte des rapports soda-masochistes, il ne conçoit pas d'autre forme de relation. Il la désire mais en tant que soumise.

Le premier truc que j'ai pu lire sur ce bouquin est un critique déçu qui expliquait que malgré une promesse de sadomasochisme, de bondage toussatoussa, Cinquante nuance de Grey était d'abord une histoire d'amour niaise. Je pense que la plupart des critiques tenant ce propos se sont fourvoyés. Le roman n'est PAS de la littérature érotique. Les journalistes se sont jetés sur les parties de jambes en l'air comme une meute de chiens affamés mais ils sont passés à côté du plus important. L'ouvrage de EL James est une romance érotique. Non seulement cela saute aux yeux de qui connaît le genre mais l'auteur elle-même présente le livre de cette manière. La romance érotique est ce que son nom indique. S'attendre à autre chose ne peut qu'être décevant. Comprendre cela c'est déjà du progrès. Car oui le livre est d'abord une histoire d'amour calibrée romance. Le problème est que les critiques semblent n'en n'avoir jamais lu. Ils reprochent à la fois au roman d'être sentimental -dans romance érotique, y a pourtant le mot romance, c'est limpide, non ?- ou d'être trop cru -tout pareil, dans romance érotique il y a le mot érotique hein-. Il y a un moment où il faut se sortir un peu les doigts du fondement et se renseigner sur ce qu'on lit. Oui, il y a des mots crus dans le roman mais je ne vois pas trop où est le problème. Nous parlons de SM pas de Oui-Oui au pays magique du zizi.

Concernant la déception des critiques qui trouve le bouquin aseptisé, je pense qu'un autre amalgame a été fait. Certains crétins pensent, à tort, que la romance érotique correspond à de la pornographie pour femme. Mais bien sur... Alors messieurs les journalistes, j'ai un scoop pour vous : la pornographie pour femme n'existe pas. La romance romantique ET la pornographie existent. Certaines femmes lisent les deux. Et non, les femmes ne sont pas de douces créature à la libido anémique qui ne seraient pas capables d'aimer le sexe, le vrai, sans romance pour adoucir le tout. C'est le même genre de cliché que l'idée que la Femme ne peut pas coucher sans amour. Il y a autant de forme de sexualités chez les hommes que chez les femmes.

Penser de manière condescendante que la pornographie a forcément besoin de s'adapter pour plaire aux femmes, c'est vide de sens et d'intelligence. Donc, NON, Cinquante nuances de grey n'est pas de la pornographie féminine mais bien de la romance érotique. Les choses sont claires ? Bien, on peut passer à la suite.

Alors non la crudité dans le roman en question n'est pas déplacée. Et non la romance n'est pas là par hasard, c'est le genre qui veut ça. Cela ne peut pas justifier une mauvaise critique. Le style désastreux de l'auteur par contre oui. Parce ce n'est pas bien écrit. J'ai lu des avis positifs sur le bouquin qui s’indignaient de ce reproche en ces termes : demande-t-on à ce genre de roman, fait pour le fantasme, d'être bien écrit ? Euh... ben oui. Un minimum. Pas de révolutionner la littérature, non, ou d'avoir un style audacieux mais d'être convenablement rédigé. Et ce n'est pas le cas. Vraiment pas. Et c'est pour cela que j'ai donné une mauvaise note à l'ouvrage.

Concernant les personnages qui sont parfois grotesque -Ana pitoyable de naïveté et de maladresse, Christian dans le genre bôgosse discount aux blessures secrètes-, je vais avoir un double discours. En tant que personnages de romance érotique, oui, ils ne sont pas terribles et alignent à eux deux assez de stéréotypes maladroits pour devenir un nouveau glossaire des clichés. Sauf que le roman n'a pas été écrit en tant que tel au départ. C'est d'abord une fan fiction de Twilight publiée sur le Net. Et ça change beaucoup de choses. Parce que lire l’œuvre de EL James avec cette vision rend les choses plutôt plaisantes. Avec ce regard, les cliches deviennent des clins d’œil vraiment amusants. Car tout y est : l'innocente qui rencontre le bôgosse parfait cachant un terrible secret. Oui, Christian/Edouard est différent. Sauf que le côté vampire-boule-à-facette est ici remplacé par le côté dominant-adepte-de-la-fessée-et-du-martinet. Si on met de côté l'écriture vraiment limitée, on est alors devant une fan-fiction très bien faite. Sauf que ça ne suffit pas pour faire un roman à part entière.

Curieusement c'est, je pense, parce que c'est une fan-fiction plus qu'un roman, que ce livre a un tel succès. Car le public est le même, en plus vieux -j'espère-. Les ressorts qui ont fait de la trilogie de Meyer un best-seller sont tous là. Dés lors je ne comprends pas que tout le monde s'étonne que ça vende aussi bien. Pourquoi cet étonnement ? Parce que c'est cochon ? Mais la littérature érotique véritable se porte bien et c'est pareil pour la romance érotique. Harlequin a une collection Spicy qui parle déjà de boules de geisha toussatoussa et la collection Passions Intenses de J'ai Lu ne fait pas non plus dans la dentelle. Bienvenue dans la réalité messieurs les journaleux. Les femmes n'ont pas attendu EL James pour lire de la romance érotique et apprendre l'existence des vibromasseurs, du SM, des boule de geisha et des menottes avec ou sans froufrous. Parfois elles lisent même Esparbec ou Histoire d'O.

Pour conclure, je dirais qu'en mettant de côté la mauvaise qualité de l'écriture, le roman de EL James est un divertissement sympathique. Si ce n'était le battage médiatique autour de sa sortie et de son succès, c'est le genre de bouquin vite lu et encore plus vite oublié. Cinquante nuances de Grey est le premier tome d'une trilogie et parce que je suis curieuse -et que si la suite est ce que je prévois, cela risque de tomber dans le culture pourrie or je sais que tu aimes quand je suis méchante-, je lirai le deuxième opus et viendrai vous en parler. Promis.

 

NOTE GLOBALE : 08,5 / 20