9782877306386

Édition : Philippe Picquier

Parution : 1999 pour la présente édition

Traduction : Corinne Atlan

Classement : roman

 

 J'avoue ne pas avoir lu le résumé avant de porter mon choix sur Miso Soup, c'est la couverture qui a attiré mon regard. Je n'ai pris connaissance de la quatrième de couverture qu'après avoir fini le roman -les e-books sont pratiques pour cela- :

Kenji, un jeune Japonais de vingt ans, gagne sa vie en guidant des touristes dans le quartier louche de Kabukicho, à Tôkyô. C'est en compagnie de Frank qu'il parcourt durant trois nuits les lieux de plaisir de Shinjuku : trois nuits de folie et de terreur auprès d'un touriste avec qui il joue au chat et à la souris

Le roman de Murakimi est d'une fluidité très agréable, cela tient sans doute à sa publication sous forme de feuilleton. Le récit commence lentement pour s'accélérer au fil des pages avant d'exploser dans des apothéoses sanglantes et fascinantes. Je ne me suis pas ennuyée et les 280 pages ont défilé à une allure folle. Nous avons donc Kenji, qui guide les touristes étrangers dans les quartiers louches de Tokyo. Tout commence avec un nouveau client, Franck, qui va se révéler être un tueur terrifiant. A cause de cet aspect, les meurtres en série et une violence brutale, j'ai lu de nombreuses critiques qui comparaient Miso Soup à American Psycho de Bret Easton Ellis. J'ai retrouvé deux points communs : la présence d'un serial killer et un discours terrifiant sur la société contemporaine. La mise en parallèle paraît donc intéressante au premier abord mais elle perd rapidement de sa pertinence si on va au fond des choses. Déjà Franck, le monstre, n'est pas le personnage principal du roman. Tout tourne autours de Kenji. C'est par lui que la barbarie est filtrée pour nous être montrée. De plus, contrairement à Patrick Bateman, Franck ne parvient pas à cacher complètement sa monstruosité. Dés le départ, le héros sent qu'il cache des choses, qu'il ment. De même, lorsque les personnages se rendent dans des bars, Franck ne passe jamais inaperçu et pas seulement parce que c'est un gaijin -un étranger-. Enfin, l'intérêt dans le roman de Murakimi réside -pour moi- dans les rapports entre le meurtrier et son guide japonais. Au fil des courts chapitres, nous devenons Kenji. Comme lui, nous sommes fascinés par Franck et nous nous retrouvons dans le rôle de la biche prise dans la lumière des phares d'une voiture, incapable de bouger et de fuir le récit. La relation entre les personnages est troublante, Kenji semble être quelqu'un de normal, un peu terne mais plutôt sain, mais sa banalité sera complètement assujettie au psychopathe. Pas par peur -celle-ci, bien que présente, semble trop faible pour expliquer l'immobilisme de Kenji- mais plutôt par mollesse. C'est cette inaction qui semble être l'élément le plus barbare de cette histoire. A cause de cela, de la violence et de l'atmosphère glaciale du récit, on se sent vite oppressé par l'ambiance malsaine. Oui, Miso Soup nous donne la nausée mais pas forcément à cause des scènes crues de meurtres. Des scènes presque anodines parviennent à nous perturber et dès les premiers dialogues entre Kenji et son client, le malaise s'installe. En cela, l'écriture de l'auteur est magnifique.

Concernant la réflexion sur la société japonaise contenue dans le roman, elle n'est pas complexe ni très subtile. Tout le récit tend vers un seul constat : l'effondrement de la civilisation moderne. La postface de l'auteur, intéressante, confirme cette dimension.

Tu l'auras compris ami lecteur, Miso Soup prend place dans mes coups de cœur. Bien entendu, la violence du roman rend ce dernier difficile et je ne le conseille pas aux âmes sensibles. Mais si tu n'as pas de problème avec les récits sanglants et malsains, je ne peux que te dire de te précipiter sur ce bouquin. Une découverte fascinante.

Merci Ryù Murakimi

NOTE GLOBALE : 18 / 20