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Édition : J'ai Lu

Parution : 1982

Classement : Roman

 

Pour moi La Couleur pourpre était d'abord le film de Spielberg. Ce dernier, que j'ai vu très jeune, m'avait profondément marquée et émue. Pour cette raison, le roman d'Alice Walker, qui a recu en 1983 le Prix Pulitzer, était dans ma liste de livres à lire depuis de nombreuses années. Dès que j'ai eu cet ouvrage entre les mains, la quatrième de couverture a évoqué les images tournées par Spielberg :

" Toute ma vie je m'ai moquée de ce que les gens pensaient de moi. Mais dans mon coeur, c'était important Dieu qu'est-ce qu'il pensait. Et voilà maintenant j'ai compris, il pense pas, il se prélasse là-haut, assis sur son trône à faire la sourde oreille. "

Célie est née sous de tristes auspices. Hier régulièrement violée par son père et aujourd'hui négligée par son mari, elle ne connaît des hommes que leurs pires travers. L'amour, pour elle, c'est d'abord Shug, une merveilleuse chanteuse de blues qui saura l'extraire de sa pauvre vie. C'est aussi Nettie, sa sœur, missionnaire en Afrique, avec laquelle elle correspond sans relâche. L'amour, c'est encore le bon Dieu, à qui elle s'adresse parfois, même si elle a l'impression qu'il la laisse un peu tomber.

Ce roman est celui de la libération d'un femme, Célie. A travers les lettres qu'elle écrit à Dieu, le lecteur entre de plein pied dans une société oppressante. Parce que Clélie est noire, pauvre et femme, son existence semble vouée à la soumission. La violence masculine, d'abord avec le père puis avec l'époux, tient une grande place dans le récit. Et c'est par les femmes que l'héroïne entrevoit l'espoir de s'affranchir. Le texte est court et la forme épistolaire qui couvre toute une vie ne permet pas de vraiment rentrer dans les détails d'une existence pourtant riche en péripéties. Pour être tout à fait franche, la trame ne m'a pas fait une grande impression : une pauvre fille qui n'a appris qu'à courber l'échine parvient à se libérer dans une quête amère. Soit. Émouvant, sympathique mais rien non plus de transcendant. Les personnages sont nombreux et plutôt riches. Clélie, Sofia et Shug restent sans doutes ceux qui m'ont le plus intéressées. Finalement, ce qui m'a un peu déçue, je crois, c'est que les personnages masculins sont un peu pauvres. La Couleur pourpre est vraiment un livre sur les femmes. De la même façon j'ai trouvé que tout cela était un peu « fourre-tout », l'inceste, la maternité, le racisme, l'oppression des femmes, l'homosexualité, l'adultère, le retour aux racines, l'Afrique... Sauf qu'en 252 pages, on finit par tout survoler. On survole les thèmes et les années de la vie de Clélie avec une frénésie qui donne une impression de superficialité, de hâte, comme si l'auteur avait voulu écrire sur tout, très vite, sans une respiration, sans un moment de réflexion.

Ce qui m'aura finalement le plus touchée dans le livre d'Alice Walker, c'est l'écriture et son évolution. Parce qu'en même temps que Clélie se libère de ses chaînes, son écriture -sa voix-, s'affermit, s'enrichit et s'accomplit. J'ai été impressionnée par cette évolution stylistique vraiment bien menée. Je pense que l'ouvrage doit beaucoup au travail de la traductrice Mimi Perrin.

Un joli roman, intéressant mais qui est tout de même loin du chef-d'œuvre que j'attendais.

 

NOTE GLOBALE : 12 / 20