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Édition : Grasset & Fasquelle

Parution : 2009

Classement : Histoire

Pendant longtemps les lectures historiques -que ce soient romanesques ou des œuvres plus sérieuse d'historiens respectables - ont été au premier plan dans ma bibliothèque. La période s'étendant du règne de Louis XIII à la fin de celui de Louis XV m'intéressait plus particulièrement. Depuis que j'ai eu mes enfants, j'avoue consacrer moins de temps à ce genre d'ouvrages. Pourtant l'œuvre d'Alain Baraton -que je ne connaissais que de nom- m'intéressait presque depuis sa sortie. La quatrième de couverture me laissait présager quelques jolies découvertes :

Voici une visite de Versailles qui ne se trouve dans aucun guide : Louis XV s'y laisse surprendre dégustant des fraises sur les seins de ses maîtresses. Mme de Maintenon s'y retrouve dans le lit du confesseur du roi à la faveur d'une chandelle mal éteinte, tandis que le général De Gaulle y demande pudiquement la main de sa future épouse. Une délicieuse promenade faite d'anecdotes coquines ou cocasses, des allées aux chambres, des alcôves aux bosquets. A côté de la grande histoire, édifiante, instructive, sérieuse, la petite histoire, est à Versailles savoureuse.

En ouvrant ce livre, je m'attendais à ce dont je me délecte : des petites anecdotes un peu coquines à propos de ceux qui ont régné sur la France. Il aura suffit d'un seul chapitre pour comprendre que j'allais voir rouge au fil des pages. Le bouquin, selon sa présentation, était censé nous parler de Louis XIII et de ses successeurs : il nous parle surtout de monsieur Baraton. A tout propos nous avons le droit à l'avis de ce monsieur, non pas sur des sujets historiques épineux, mais sur la moralité, le caractère des personnages historiques : Beaucoup de fées se sont penchées sur le berceau du souverain. Il eut aussi une exécrable et admirable sorcière : sa mère. Ou même sur leur physique sur Marie Mancini : Sur les portraits, pourtant, elle ne me semble pas si déplaisante : je lui trouve un air vif et doux, des sourcils et des lèvres bien dessinées, surtout elle n'a pas le double menton classique qu'arbhorrent toutes les perruches de l'époque et que je trouve si ridicule. Sur Mme de Pompadour : Même sur les portraits de sa vieillesse, elle garde un je-ne-sais-quoi de mutin, qui fait que je ne le trouve pas à mon goût : ce joli minois est trop enfantin. Le livre est truffé de ce genre de jugement anachronique et ennuyeux. Mais l'auteur va encore plus loin en ne se cantonnant pas d'émettre son avis sur ceux dont il parle mais en partageant son opinion général sur les femmes : Sans être un apôtre du naturel, j'ai du mal à comprendre pourquoi les femmes surtout lorsqu'elles sont séduisantes, éprouvent le besoin de se tartiner pour plaire. Le pire supplice est le rouge à lèvres : rien n'est plus perturbant pour moi que d'embrasser des lèvres grasses, surtout qu'après, c'est moi qui ai l'air maquillé ! Ou même, il en profite pour nous parler de lui à travers des comparaisons fumeuses entre lui et Louis XIII : Bien que d'essence on ne peut plus roturière, quand j'avais treize ans, je n'étais pas plus fier : mes parents s'inquiétaient de mes piètres résultats scolaires. J'appartenais au club dont personne ne souhaiteraient être membre, celui des « Mais qu'est-ce qu'on va faire de toi ! »; alors, malgré les siècles, j'imagine sans difficulté quel pouvait être le sentiment de Louis XIII.

Je pensais lire un ouvrage qui me parlerait de ceux qui ont habité Versailles et sans cesse l'auteur surgit au fil des pages. Je croyais lire monsieur Baraton et je me retrouve à me coltiner un monsieur Baratin tout à fait insupportable. Ces digressions, bien qu'indigestes, j'aurais sans doute pu les pardonner si les faits historiques avaient été rigoureux. Or c'est loin d'être le cas. L'auteur avance les théories les plus fumeuses sans pour autant les prouver. Monsieur Baraton nous fait du roman sans en avoir le talent alors qu'il a pour ambition de faire de l'histoire. L'ouvrage est truffé d'erreurs ! Je ne suis pas une spécialiste et il a fallu que j'aille vérifier mes sources chez de véritables historiens mais le fait est que L'Amour à Versailles est remplie d'inepties. Ainsi l'auteur nous raconte que la Montespan a été introduite en cour par Louise de la Vallière, or c'est faux : la future favorite devient dame d'honneur de la Reine en 1663 grâce à Monsieur, frère du Roi. Aussi, monsieur Baraton, qui semble animé d'une animosité particulière envers celle-ci, ne cesse de vouloir nous montrer à quel point Madame de Maintenon -dernière favorite en titre de Louis XIV- est une femme atroce. Il nous dit que c'est une chaudasse qui couchait avec son laquais car le Roi, vieillissant, ne la satisfaisait pas sexuellement. Mais, preuves écrites à l'appui, elle se plaignait au contraire que son amant l'honorait trop souvent ! Tout au long de son livre, monsieur Baraton prête l'oreille plus aux rumeurs et aux légendes qu'aux données historiques. Il semble n'avoir que faire de la vérité mais trouve son plaisir dans tout ce qui pourrait montrer les personnages historiques comme des êtres uniquement préoccupés de sexe. On ne doit pas tordre la vérité pour qu'elle corresponde à ce que l'on fantasme. Que monsieur Baraton retourne à son jardinage et qu'il  se contente de raconter ses bêtises aux fleurs, ce sera préférable pour tout le monde.