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Édition : Mon Petit Editeur

Parution : 2012

Classement : Roman historique

 

Avant tout, je vais prendre quelques instants pour remercier le site des Agents Littéraire et Mon Petit Editeur pour ce partenariat. Il s'agit donc d'un roman historique et le sous-titre nous indique La saga d'une famille jurassienne au XIXe siècle. Soyons franc tout de suite, cette période de l'histoire de France n'est pas celle qui me passionne le plus ou que je connais le mieux. C'est d'ailleurs une des raisons qui m'ont données envie de lire cet ouvrage : le désir d'explorer un peu cette période.

Cet ouvrage relate l’histoire imaginaire d’une famille jurassienne avant et pendant le Second Empire. L’action se déroule entre Morez, la capitale de la lunette, et Longchaumois, reliés au reste du pays par les malles-poste, les carrioles de campagnards et les ragots. À travers la vie tourmentée d’un fils aventurier, d’un prêtre cacochyme, d’une pianiste virtuose, d’une tante trop secrète, de fermières dégourdies et de vieux paysans retors coupables de relations extraconjugales avec les membres de la tribu, le lecteur est entraîné sur les traces effacées ou dissimulées des Dumont de la Molune.

La frontière entre fiction et réalité se crochète tel un canevas discrètement enchevêtré dont l’écheveau se dénoue lentement. Les avatars de la famille sont entrelacés d’intrigues et d’évènements qui pèsent sur leur destin. Ils se mêlent à ceux de personnages ayant réellement existé et jalonné le siècle de Maupassant, marqué par la guerre de 1870.

L'ouvrage de monsieur Gabriel-Robez est d'abord un roman sur un lieu : le Haut-Jura et plus particulièrement sur la ville de Morez. Tout au long du récit, on sent l'affection de l'écrivain pour cet endroit et son histoire. La documentation de l'auteur est non seulement très sérieuse mais aussi très fouillée. L'érudition de Bernard Gabriel-Robez ne fait aucun doute. D'ailleurs si vous vous intéressez à l'histoire, si le Haut-Jura vous tient à cœur, je vous conseille Les Secrets de Molune. Hélas, pour qui ce n'est pas le cas, l'ouvrage perd beaucoup de son intérêt. Cette famille jurassienne ne m'a pas laissée indifférente, les personnages, nombreux, sont intéressants. Les secrets tissent un canevas complexe et bien construit. Vous vous demandez alors pourquoi je reste aussi réservée ? Il y a comme une volonté maladive de l'auteur d'être pris au sérieux. Oui l'érudition de ce dernier mérite mon respect mais le roman est parfois trop démonstratif. Comme si le destin de cette famille n'était qu'un prétexte pour une leçon d'histoire régionale. On apprend beaucoup mais on s'ennuie parfois. Cette impression de lenteur n'est, à mes yeux, pas vraiment imputable au fond et vu tout ce que j'ai appris durant la lecture, j'aurais pu pardonner quelques longueurs. Ce qui m'a gênée dans ce roman est sans aucun doute le style.

L'écriture est d'un classicisme parfois effrayant. Bien sur on peut comprendre que pour ce type de roman -historique- l'auteur ait choisi une narration traditionnelle - presque de l'époque du récit, le 19ième siècle. Sauf que je n'ai pas trouvé que le rythme était harminieux. Ce ne sont pas les richesses sémantiques et grammaticales -réelles- qui frappent au premier abord... Hélas, à mon sens, c'est avant tout l'impression de lourdeur qui saute aux yeux. Comme pour le côté « trop de démonstration d'érudition historique », on sent trop à quel point l'auteur veut bien écrire. Surtout que le récit est au présent ce qui cadre mal avec le reste du style.

Une petite chose a peut-être aussi contribué à cette impression de « lourdeur », un choix typographique que j'ai eu du mal à comprendre. Tous les dialogues du roman sont en italique. Cette fantaisie a eu tendance à m'irriter un peu. Pourquoi faire cela ? Dans quel but ? Est-ce pour donner une apparence de citation aux dialogues et ainsi accentuer le sentiment de vérité du contexte historique et sociologique ? Bref un détail qui n'aide pas à la légèreté du récit.

Sans doute l'auteur a encore besoin d'affuter son talent romanesque toutefois je ne regrette pas cette lecture qui s'est révélée plus culturelle que littéraire. Les défauts que j'ai relevé plus haut n'empêchent pas l'œuvre de monsieur Bernard Gabriel-Robez de faire preuve de nombreuses qualités : avant tout l'aspect historique qui montre une grande rigueur de l'auteur dans son travail.

 

NOTE GLOBALE : 08 / 20