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Dans cette chronique récurrente, ami lecteur, tu as déjà eu l'occasion d'entendre parler d'une comédie de Marivaux et d'un des romans qui m'a le plus ennuyée dans ma vie. Pour le troisième article des Classiques pour les nuls, j'ai pensé que l'on pourrait aborder la tragédie. Encore mieux, du 17ième siècle. Parce qu'un alexandrin ça fait parfois du bien -oui on dirait un truc cochon alors que bon ben pas vraiment quoi-. Si tu n'aimes pas le théâtre classique, si les vers te filent des crises de tachycardie, si tu penses que quand même mettre des perruques ça craint, alors cet article est pour toi. Tu pourras dire que tu connais l'histoire d'une pièce de Corneille sans avoir lu le commencement du début d'une réplique par toi-même. Avec un peu de chance, cet article pourrais même te faire gagner un camembert au Trivial Poursuit -pas au Genius hein, si tu veux gagner au Genius, ben arrête de lire ce blog, ce sera un bon début-.

Horace – Corneille

 

D'abord, peut-être ne le sais-tu pas, mais toute la pièce est en alexandrins, en vers de 12 syllabes, donc. Mais pour faire rentrer tous les mots dans une même ligne, ben faut parfois un peu jouer avec ces derniers et utiliser plein d'images, de figures littéraires, toussatoussa. C'est pour ça que le môme du collège ça le traumatise toujours un peu sa première rencontre avec Corneille. Genre : mai lol quoi, c koi 7 fasson de parlé ? ptdr -ceci est une caricature complètement arbitraire, si une horde d'ados enragé passe par là, le prend pas toi hein, ou peut-être que si-. Bref, les héros d'Horace parlent en vers et portent la toge. Oui, ils ont beau avoir les tics de langages des années 40 -1640 hein, te trompe pas de siècle- ben ils vivent dans la Rome de l'antiquité. Si tu es choqué pendant cet article par les possibles erreurs historiques commises par monsieur Corneille, va regarder Troie avec Brad Pitt, ça devrait te faire relativiser. Nous sommes donc à Rome. Une guerre oppose la cité d'Albe à cette dernière malgré les liens super étrois qui unit les deux peuples. Nous sommes dans la famille Horace, ils sont nobles et romains. Chez les Horace, nous avons d'abord le fils Horace qui est marié avec Sabine. Elle vient d'une famille d'Albe, les Curiace. Toujours chez les Horace, nous avons la fille, Camille, qui a pour fiancé le frangin de Sabine -donc un Curiace-, tu arrives à suivre ?

Quand la pièce commence c'est donc tout de suite une situation pourrie. Sabine puis Camille se lamentent en vers auprès de leur suivante : Julie. Toutes deux sont écartelées, Sabine parce sa famille de naissance et celle de son époux sont ennemis dans cette guerre ; Camille parce que son amoureux appartient au camp opposé à celui de son papounet et de son frérot. Il va sans dire qu'elles ne sont pas d'une humeur pimpante. Déjà là tu te dis que ça craint chez les Romains. Puisque nous sommes dans une bonne vieille tragédie, laisse-moi te dire que c'est pas près de s'arranger. Mais avant de foutre encore plus la merde parmis les personnage, Corneille injecte une bonne grosse dose d'espoir dans la trame -trop fort-. Finalement la baston n'aura pas lieu, enfin pas vraiment. A la place, on va choisir trois guerrier romains et trois valeureux albains. Ils se battront -à mort hein, on n'est pas chez Harlequin- et le ou les gagnants apporteront la victoire à leur cité. Camille reprend donc espoir. Avant d'être fracassée à l'acte II.

 

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Parce que devine quoi ami lecteur ? Ben les trois romains choisis sont -forcément- Horace et ses deux frères. Et bien sûr ils seront opposés au chéri de Camille -qui est aussi le frère de Sabine- Curiace accompagné lui aussi de ses frangins. Oui nous sommes en présence d'un situation type fosse à purin. Sabine a le choix entre voir mourir son époux ou son frère, quand à Camille c'est de la perte de son fiancé ou de son frérot qu'elle va souffrir. Bon, nos héros masculins sont un peu chagrinés mais ils sont surtout super fier d'avoir été choisi et de porter les couleurs de leurs cités respectives. Le mâle tragique est plein de fougue et pétris d'honneur, de courage et tout un tas d'autres fadaises. On passe toutefois le deuxième acte à chialer et à monologuer -toujours en vers-.

Ensuite re-injection d'espoir faisandé dans l'histoire : il est décidé pour être sur que le combat doit avoir lieu de demander aux Dieux. Sur ça on a le droit à une petite compétition débile entre Sabine et Camille pour savoir qui a la vie la plus pourrie. Le papounet Horace, chef de la famille, arrive pour dire que les Dieux sont favorables : le combat entre beaux-frères aura bien lieu. Dans Corneille la vie est une chienne. La combat a lieu hors de la scène -on est pas à Hollywood hein...- puis le patriarche apprend que les Curiace auraient gagné. Seul Horace a survécu de la fratrie mais il a fui. Vu qu'on aime moyen les pleutres à cette époque, le vieux est super en colère.: il aurait mieux fait de crever blablabla, vaincre ou mourir, toussatoussa.

Dans le dernier acte, on continue avec le vieux Horace qui chiale parce que son fils n'est pas mort en héros, Camille essaie de le calmer. Sur ce arrive Valère -un mec qui sert à pas grand chose- qui explique qu'il y a eu une suite. En vrai Horace ne fuyait mais seul contre trois, il ménageait ses forces en rusant. D'ailleurs notre Superman antique a buter les trois Curiace. Dont le fiancé de Camille et frère de Sabine, rappelons-le. Le vieux Horace est super fière, Rome a vaincu grâce à son fils. Valère se casse. Camille chiale et à cause de ça son père l'engueule. Au lieu de pleurer la mort de son chéri elle devrait participer à la liesse en l'honneur de la victoire de la cité. Ouais, il craint un peu le paternel. La pôvresse reste seule et se lamente sur son destin tout pourri. Son frère, le Superhéros donc, entre sur scène. Il attend que sa sœur se réjouisse de la victoire. Sauf que Camille est pas d'accord et lui sert un discours super pas content :

Rome, l'unique objet de mon ressentiment !

Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant !

Rome qui t'a vu naître, et que ton cœur adore !

Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore !

Puissent tous ses voisins ensemble conjurés

Saper ses fondements encor mal assurés !

Et si ce n'est assez de toute l'Italie,

Que l'orient contre elle à l'occident s'allie ;

Que cent peuples unis des bouts de l'univers

Passent pour la détruire et les monts et les mers !

Qu'elle-même sur soi renverse ses murailles,

Et de ses propres mains déchire ses entrailles !

Que le courroux du ciel allumé par mes voeux

Fasse pleuvoir sur elle un déluge de feux !

Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre,

Voir ses maisons en cendre, et tes lauriers en poudre,

Voir le dernier Romain à son dernier soupir,

Moi seule en être cause, et mourir de plaisir !

Je ne sais pas ce que tu en penses, mais cette tirade a la grande classe. Sauf qu'Horace se révèle alors plus Hannibal Lecter que Superman et décide que Camille trahit Rome. Donc il la bute. Un vrai tendre... Un témoin de la scène s'indigne quand même. Mais Horace se défend en disant avoir fait acte de justice... Sur ce, Sabine arrive et lui demande de la tuer pour abréger ses souffrance. Sympa il refuse mais se plaind de la sensibilité des femmes. Sabine, alors seule, nous offre un monologue où elle explique qu'elle va se suicider. Sauf qu'elle le fait pas à croire qu'elle a rien compris au principe de la tragédie.

Le dernier acte nous montre l'arrivée du roi, Tulle. Valère, qui kiffait Camille, demande alors à ce dernier de punir Horace pour le meurtre de sa sœur. L'assassin-héros -CorneilleConcept quand même- explique qu'il choisit la mort pour ne pas souiller sa gloire avec son crime. Sabine s'y met aussi en demandant -elle est quand même un peu lourde la donzelle- qu'on la tue. Le papounet Horace prend alors la parole. Il dit que le meurtre de Camille est une affaire de famille et que son fils est précieux pour Rome, il ne doit donc pas être exécuté. Ensuite il dit à Sabine de se calmer et de la mettre en veilleuse. Tulle, tout en désaprouvant la mort de Camille, confirme que le courage d'Horace est plus grand que ne l'a été son crime. La pièce se termine sur la décision d'enterrer Camille et son chéri Curiace ensemble. 

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Comme tu l'a vu ami lecteur, c'est pas la joie dans cette pièce. Une guerre, un combat à mort, un assassinat... Tout n'est que sang et fureur. Et comme tu peux l'imaginer, j'adore cette pièce. Si la trame t'a plu mais que le coté alexandrins toussatoussa te fait peur, franchement accroche-toi ! Après quelques scènes, on s'habitue et ça devient plus facile. De mon côté j'avoue que j'ai une vraie passion pour le théâtre classique et que je ne me lasse pas de Corneille et de Racine.

Que veux-tu j'aime bien quand ça rime...

 

Allez, on se voit le mois prochain pour une autre chronique Les Classiques pour les nuls...

Cet article a déjà été publié en 2012 mais notre public étant alors plus que restreint, j'ai eu envie de le remettre en avant.