9782848761619

 

Édition : Philippe Rey

Parution : 2010 pour la traduction française

Classement : roman

Il faut savoir, ami lecteur, que je ne connais la Corée du Sud que par les dramas et la K-pop -oui je sais c'est pas très glorieux-. Récemment je me suis dit que c'était un peu dommage et que je devrais peut-être m'intéresser un peu à la littérature contemporaine de cette lointaine contrée. Aussi quand je suis tombée sur un livre d'occasion -merci Gibert Joseph- d'une auteur coréenne je me suis jetée dessus. D'autant plus que la quatrième de couverture me faisait grandement envie :

Quand son petit ami architecte la quitte pour une autre femme, la jeune et célèbre « chef » Jung Ji-won ferme l’école de cuisine qu’elle dirigeait et sombre dans une profonde dépression, perdant son envie de cuisiner, celle de manger et même tout sens du goût. Il faut dire qu’elle a été particulièrement blessée de découvrir son amant et une de ses élèves, la belle Lee Se-yeon, en train de faire l’amour sur le plan de travail dessiné tout exprès pour elle et sa magnifique cuisine par l’architecte…

Elle se réfugie alors dans le poste d’assistante qu’elle a occupée autrefois auprès du chef de Nove, le plus connu des restaurants italiens de Séoul. Un travail, ou plutôt un sacerdoce, qui lui a donné l’occasion de multiples visites en Italie où elle a appris comment « assortir du foie gras à une pomme au four en Toscane, faire des glaces à Bologne et des pizzas margherita à Naples ». Peu à peu, grâce à la science et la sagesse de son vieux maître, elle reconstruit sa vie et redécouvre son appréciation de la nourriture, à la fois subsistance et plaisir sensuel. Mais surtout, avec une lenteur et une minutie tout orientales, elle échafaude un plan pour un acte final, vengeur et triomphant, de séduction culinaire…

Soyons direct : j'ai beaucoup aimé ce roman de Kyung-Ram Jo. L'héroïne possède, à mes yeux, une certaine ambivalence puisque sans sa passion pour la cuisine, je n'aurais pas pu m'attacher à elle. En effet, Jung Ji-Won est agaçante. Sa souffrance après avoir été quittée par son compagnon pour une autre femme est d'une telle proportion que j'ai plusieurs fois eu envie de la secouer. Mais heureusement elle a une passion pour la gastronomie et les passages sur la cuisine m'ont beaucoup touchée. Le récit fourmille d'ingrédients, de réflexions et d'anecdotes sur la nourriture. Cette dernière est centrale, tout passe par elle, tout se focalise sur elle. Chaque personnage du roman, le Chef ou encore Munju, possède un lien particulier avec la cuisine. Un autre symbole du parcours de Jung Ji-Won est très présent avec la présence de Pauli, le chien de la jeune femme.

Quant à la trame elle-même du récit elle souffre de quelques faiblesses -la montée de l'intensité jusqu'au bouquet final est parfois un peu maladroite- mais la puissance de la fin est plutôt maitrisée. Les vingt dernières pages sont vraiment très bonnes même si la cruauté de ces dernières auraient peut-être méritée une place plus importante ou au moins une arrivée plus subtil dans le roman.

Ce qui, finalement, m'aura surprise dans Mise en bouche, c'est que j'ai pu retrouver dans le climat et le style de l'ouvrage ce que je peux apprécier dans la littérature contemporaine japonaise. J'espère avoir rapidement l'occasion de découvrir d'autres artistes coréens afin de savoir si cette coloration est effectivement commune aux littératures de cette région du monde ou si cela ne concerne que cet écrivain. Y aurait-il une littérature de l'Asie de l'Est ?

 

NOTE GLOBALE : 15 / 20