Souviens-toi ami lecteur, il y a un mois je lançais la première chronique des classiques pour les nuls -ou plutôt pour ceux qui veulent connaître le fin de mot de l'histoire sans se coltiner tout le bouquin. Pour ce premier article Marivaux s'était très vite imposé comme une évidence alors que pour celui d'aujourd'hui je me suis un peu cassée la tête. Comment rendre service au plus grand nombre ?

J'ai cherché alors dans mes souvenirs pour dénicher les livres qui m'ont semblé ennuyeux, laborieux, en un mot vraiment chiants. Pour m'aider, j'ai fait appel à la bonne volonté de ma collègue Ema. Et là un éclair nous a frappé : Madame Bovary ! Combien de fois l'avais-je commencé ce maudit ouvrage ? Combien d'heures passées à le prendre, le reposer, le feuilleter puis en soupirant le ranger pendant des semaines ? Je crois que je n'avais jamais mis autant de temps à lire ce qui est pourtant considéré comme un chef-d'œuvre. J'ai alors dit à ma copine qu'il devait être dans ma bibliothèque au milieu des 500 -ou plus ?- autres ouvrages -en vrai je l'ai trouvé tout de suite. En grande névrosée, la plus grande partie de mes livres est classée par ordre alphabétique-. Et là je suis restée comme saisie, le fameux roman à la main, sous le coup d'une des plus grandes surprises de ma vie. Comment ça, ce fichu Flaubert faisait moins de 400 pages ? Nan, ce n'était pas possible ! Dans ma mémoire, c'était un atroce pavé de 1000 pages. Je suppose que ma mémoire, hantée par un ennui mortel, avait pris la peine de déformer légèrement les faits. Je me suis dit que, peut-être, en écrivant cette petite bafouille je pourrais épargner cette souffrance à quelques lecteurs honteux malgré eux de ne pas avoir lu les aventures d'Emma. Si c'est ton cas, lis ce résumé, tu auras, si tu le veux, la liberté de ne jamais ouvrir cet ouvrage...

 

Madame Bovary – Gustave Flaubert

 

L'histoire commence avec un ado de 15 ans, Charles Bovary qui entre au collège de Rouen, c'est un lourdaud et les autres gamins se foutent grave de lui. Devenu médecin, il s'installe à Tostes où sa môôôôman le tient sous sa coupe. Elle le pousse à épouser une cougar de 45 ans, fort riche et surtout fort laide : Mme Dubuc. Le pôvre Charles a donc une vie de couple bien pourrie. Puis une nuit il se retrouve à soigner la jambe d'un riche paysan, le père Rouault. Là il voit sa fille Emma et -paf !- est complètement sous le charme de la demoiselle. Il y retournera plusieurs fois avant que sa mégère d'épouse lui interdise ces visites. Heureusement elle meurt rapidement -après avoir été à moitié ruiné blablabla. Ouf, Charles est libre. Il a beau être aussi lourdaud qu'à quinze ans il parvient quand même à demander Emma en mariage, qui accepte. C'est une jeune fille romantique qui rêve beaucoup. Ils se marient et Charles est franchement amoureux d'elle mais pas genre passion sauvage plutôt du genre trois-enfants-épargne-retraite-maison-crédit-monospace. Notre héroïne est super déçue, elle trouve que la réalité est bien loin des livres qui ont nourri son enfance. Bref c'est une dinde qui a trop lu Paul et Virginie. Emma commence déjà à s'emmerder dans son quotidien. Un bal au château de la Vaubyessard la bouleverse complètement et la plonge encore plus dans des fantasmes de raffinement, de luxe et elle se rêve autre chose qu'une simple épouse de médecin. Après cette soirée, notre admirable dinde ne vit plus que dans le souvenir de cette fête. Elle passe ses journées à rêvasser et à lire des romans : bref elle s'emmerde de plus belle. Elle finit par se couper de plus en plus des réalités et Charles -lourdaud mais gentil- décide de déménager en espérant qu'un changement de cadre sera bénéfique pour sa gourdasse d'épouse. Ils partent donc pour Yonville.

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Tout de suite notre couple rencontre plusieurs personnes : Monsieur Homais, le pharmacien, le percepteur Binet, et le curé Bournisien. Dans le même temps, Emma sympathise fort avec Léon Dupuis, clerc de notaire avec qui elle se découvre plein de points commun. Malgré la naissance d'une petite-fille, Emma recommence à s'emmerder et sa plus grande joie sont ses rencontres avec Léon. S'ensuit alors un flirt timoré qui fait quand même scandale dans la petite ville, lorsque les jeunes gens ont l'audace de se tenir la main. Ils sont amoureux l'un de l'autre. Emma est alors partagée entre cet amour et sa volonté de rester vertueuse. Sa souffrance se répercute alors sur son pôvre mari qu'elle se met à haïr de plus en plus. Pour supporter tout ça elle essaie de se raccrocher à la religion. Léon qui commence à en avoir un peu marre décide alors de partir à Paris terminer ses études. Emma s'emmerde de plus belle et tombe rapidement dans une véritable dépression dont elle ne sort que pour dépenser trop d'argent. Belle-môman Bovary appelée à la rescousse pense que pour aller mieux Emma doit surtout s'abstenir de lire des romans.

Un jour de marché, notre pôvre âme en peine rencontre le beau gosse des environs Rodolphe Boulanger, diplômé en maitrise ès donjuanisme de province. Le filou prend son temps mais parvient à séduire Emma qui baise avec se donne à lui dans la forêt. Amoureuse de l'amour plus que de son amant elle commence à grave le coller et lui rend même imprudemment visite dans son château. Après quelques temps, la jeune femme se laisse complètement emporter, elle va même jusqu'à imaginer s'enfuir avec Rodolphe. Ils préparent leur fuite sauf que le bellâtre ne veut aucunement partir avec Emma et l'abandonne sans pitié. Face à son malheur, Emma tombe malade et Charles s'endette pour soigner sa femme. Lorsque cette dernière va mieux le gentil lourdaud décide de lui changer les idées en l'emmenant à Rouen pour voir un opéra. Là-bas ils rencontrent Léon et le crétin de Charles suggère à son épouse de rester seule à Rouen pour revoir l'opéra qui lui a tant plu.

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De retour à Yonville l'héroïne apprend que beau-papa est mort mais ça ne la chagrine pas vraiment. Sous l'influence d'un marchand, la jeune femme décide de demander à son mari procuration sur les comptes pour qu'elle puisse s'occuper elle-même des finances du ménage. Sous prétexte de demander conseil sur cette question, elle repart à Rouen et passe trois jours avec Léon qui est devenu son amant. Muni de la procuration et poussée par une avidité de plaisirs, Emma dépense beaucoup et continue à s'endetter. Bien que belle-môman tente de sauver la situation en privant l'héroïne de la procuration, Charles craque et permet à son épouse de continuer ses folles dépenses. Léon se détache progressivement de sa maîtresse et les choses ne cesse d'empirer pour cette dernière. Emma est endettée jusqu'au cou et elle apprend que ses meubles vont être saisis. Désespérée, elle fait appelle à Léon qui se dérobe lâchement, elle va même jusqu'à demander son aide à son ex mais Rodolphe ne lui prête pas les 3000 francs nécessaires. Folle de chagrin, Emma prend alors de l'arsenic. Hélas pour nous ce poison est lent à tuer et Emma met presque vingt pages à mourir. Après l'enterrement Charles continue à être harcelé par les créanciers tandis que Léon -très classe- se marie. Le pôvre veuf tombe alors sur une lettre de Rodolphe puis sur le courrier de Léon, le cocu est fou de douleur et finira par mourir de chagrin quelque temps après.

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Comme tu l'as compris ami lecteur Emma sera restée une dinde jusqu'au bout, poursuivant sans relâche un bonheur éphémère qui la sortirait durablement de l'ennui. Indéniablement l'écriture est très belle et le récit très bien mené. Mais je me suis moi-même tellement emmerder que je me suis presque senti de l'empathie pour madame Bovary. Bon, il est vrai que j'aurai bien aimé pouvoir la buter juste après son mariage -de préférence de manière rapide pour m'épargner le looooooong récit de son agonie- et ainsi abréger ce roman le plus possible. Grâce à moi, tu as donc l'opportunité d'échapper à tout cela, tu connais la trame du roman, tu pourras donc faire croire que tu l'as lu en tout impunité... J'suis sympa hein ?

 

Ps : si tu es toi-même admirateur de la prose de monsieur Flaubert et que tu as envie de crier au blasphème en lisant cette chronique, ne te gêne surtout pas. Je supporterai toute les pénitences - sauf peut-être celle de relire encore Madame Bovary...

Cet article a déjà été publié en 2012 mais notre public étant alors plus que restreint, j'ai eu envie de le remettre en avant.