Et oui ami lecteur, une nouvelle petite chronique qui reviendra de temps en temps ici... Le principe est simple comme le style de Marc Levy : tu aimes lire mais exècres les classiques ? Tu en as assez d'entendre parler de bouquins dont tu ne connais pas l'histoire ? Tu veux qu'on te résume les grandes œuvres de la littérature de manière simple et accessible ? AlterVorace est là. Bon, si tu es lycéen et que tu cherches à échapper à tes lectures pour le bac de français, je ne suis pas certaine que ce soit la meilleure idée du siècle mais tant pis pour toi...

Nous allons commencer cette nouvelle série avec un premier épisode plein de suspense, de déguisements et d'amûûûûûûr... Nan, nous ne parlerons pas du dernier Meg Cabot mais bien de Marivaux. Il avait une bonne tête et je suis presque certaine qu'il ne s'imaginait pas que ses joyeuses comédies deviendraient des moments de tortures pour une horde de jeune gens.

 

Le Jeu de l'amour et du hasard – Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux

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Nous sommes au 18ième, les hommes portent des perruques, les femmes s'enferment dans des corsets quand ce n'est pas dans des couvents. On tweet par parchemins et ça met des plombes à faire le tour de France.

Nous nous trouvons à Paris et Silvia papote avec sa domestique Lisette. Notre jeune première s'inquiète vachement car elle doit rencontrer celui que son père veut lui faire épouser. Lisette lui explique que c'est super, que Dorante est le beau gosse du coin. C'est un peu comme la star du foot du lycée et Silvia aurait bien de la chance de pouvoir se le faire l'épouser. Bien sur la jeune femme est moyen d'accord avec tout ça. Facebook serait quand même bien pratique pour vérifier tout ce qu'on lui raconte sur son soupirant. Surtout que l'apparence elle s'en tamponne le coquillard. Lisette -pleine de sagesse- est pas trop d'accord et lui dit que quand même si c'était elle qui se mariait elle préférerait que ce soit avec un beau mâle plutôt qu'un laideron.

Sur ce le gentil papa de Silvia entre en scène : Monsieur Orgon. Disons-le ce cher monsieur est super cool pour l'époque et on est loin de la tragédie type Racine. Parce qu'il aime sa fille, il lui permet d'avoir son mot à dire sur la question. Il la rassure donc : si le fameux Dorante lui plait, elle l'épousera mais si elle le trouve repoussant, elle pourra échapper au mariage. Là dessus tu te dis que c'est super pourri, que l'histoire sera fini en une scènette à peine : ils se plaisent, pouf, ils s'épousent et se font des bisous. Sauf que non. Relis un peu tes Harlequin, ce ne se passe jamais comme ça dans les bouquins. Parce que Silvia a une idée super tordue, digne de la collection Aventures et Passion : elle va changer de place avec Lisette et se déguiser en domestique. Comme cela elle pourra épier tranquillement le beau gosse. Papounet accepte -il est vraiment cool et puis il se dit que cela pourrait bien servir son plan- et voilà nos deux personnages qui échangent leurs rôles : Lisette se fait passer pour Silvia, Silvia se fait passer pour Lisette. Elles sortent de scène et croisent trois secondes Mario -pas le plombier à moustaches, nan, le frère de Silvia.

Papounet Orgon se retrouve donc avec son fiston et là badaboum, on apprend que le Dorante, qui est sur le point d'arriver, a eu la même idée tordue que sa promise : il se fera passer pour son valet et inverssement. Le paternel explique alors à Mario que sa tordue de frangine est justement en train de faire pareil. Les deux fourbes décident de ne pas dire à Silvia que Dorante est déguisé. Le frangin, comme tout frère qui se respecte, décide de rester dans le coin et de s'amuser un peu à leurs dépends.

Silvia revient avec eux, habillée en servante. Après quelques commentaires parce que même ainsi elle reste bonne jolie comme un cœur, on apprend qu'arrive le valet de Dorante. Sauf que, rappelons-le, en vrai c'est Dorante déguisé en valet, il se présente d'ailleurs sous le nom de Bourguignon. Mario, ce petit rigolo, oblige Dorante/Bourguignon et Silvia/Lisette à se tutoyer ce qui les gêne un peu au début. Ils se retrouvent alors en tête à tête et le faux valet trouve la fausse servante bien jolie et lui sort quelques compliments. Silvia veut essayer d'en apprendre plus sur son futur époux et décide donc de se laisser draguer par le valet. Tous les deux flirtent donc outrageusement -pour l'époque hein, on se tripote pas trop dans les coins chez Marivaux.

Tu conviendras que c'est déjà le bordel mais les choses vont encore se compliquer puisque le faux Dorante arrive. C'est Arlequin habillé genre Gucci pour l'occasion. Silvia trouve que le pseudo-Dorante est quand même un peu atteint de beaufitude et va chercher son papounet en marmonnant.

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L'acte II s'ouvre sur papounet Orgon et Lisette, habillée donc en Silvia. Pas étouffée par la modestie, Lisette se la pète un peu et craint de séduire Dorante et donc de faire merder le mariage. Surtout, comme elle l'explique à Orgon, le valet semble quand même s'intéresser à sa fille. Papounet se marre bien et encourage donc Lisette à continuer la mascarade.

Nous avons ensuite une scène de badinage entre Lisette -travestie en Syvia- et Arlequin -sous les traits de Dorante. Ils roucoulent presque, genre Arlequin/Dorante à genoux devant sa belle. Silvia -en servante- demande alors à parler à sa maitresse. Notre héroïne rebutée par le faux Dorante demande à Lisette de l'envoyer bouler. Mais cette dernière dit que ce n'est pas possible, papounet Orgon lui a défendu. Lisette, qui kiffe quand même bien Arlequin/Dorante, pense que c'est le valet Bourguignon qui doit lui monter l'esprit contre son maitre. Silvia défend le faux serviteur et elles se quittent un peu fâchées.

Arrive alors Dorante/Bourguignon qui semble vraiment amoureux de ce qu'il croit être la servante. Bien entendu il ne le vit pas très bien. Silvia/Lisette l'envoie trèèèès gentillement chier. Alors il lui demande si cela serait possible entre eux dans un autre contexte, genre s'il était riche toussatoussa. Silvia lui dit que oui. Tu sens bien que la donzelle a plein d'idées cochonnes tellement Dorante est beau gosse étouétou.

Sur ce papounet Orgon et Mario les interrompent et envoient le faux valet ailleurs. Ils se foutent ensuite un peu de la gueule de Silvia en lui déclarant qu'elle doit continuer à se faire passer pour Lisette. Ils attaquent même Bourguignon en disant que son maître devrait le congédier. Silvia le défend avec virulence et elle ne sait plus trop où elle en est la pauvrette.

Bourguignon qui bave presque devant la fausse Lisette décide alors de tout lui avouer : il est Dorante. Au lieu de faire pareil et de tout dire, Silvia se croit dans un drama et décide de continuer à jouer le rôle de la servante. Dorante s'en va et c'est Mario qui le remplace auprès de Silvia. Le frangin se sent mal pour sa sœur et commence à lui dire le secret de Dorante. La jeune fille l'arrête et lui dit que le beau gosse lui a déjà avouer la mascarade. Ensuite elle explique qu'elle a une autre idée tordue : il faut que Mario fasse semblant de vouloir la séduire.

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Le dernier acte commence avec Dorante et Arlequin. Le valet est fou de celle qu'il prend pour Sylvia et il demande à son maitre de ne pas intervenir. Dorante accepte mais demande à Arlequin de quitter son déguisement, de révéler qu'il est un valet. Le serviteur sort de scène alors qu'arrive Mario qui dit à notre jeune premier qu'il veut aussi se faire Lisette et qu'il doit la laisser tranquille. Bourguignon/Dorante s'inquiète un peu de ce rival. Mario lui dit que la jeune fille l'envoie peut-être bouler mais qu'il ne lâchera pas l'affaire et que de toute façon il a forcément plus de chance qu'un pauvre valet.

Finalement Silvia se retrouve avec papounet et Mario. La jeune fille espère que Dorante lui prouvera son amour en lui donnant son cœur alors qu'il la prend pour une domestique. Que veux-tu ami lecteur, elle veut le grand amûûûûûr... Orgon accepte de continuer à jouer le jeu. Lisette arrive alors, toujours persuadée qu'Arlequin est Dorante, elle explique qu'il est amoureux d'elle. La pauvre triomphe déjà et fait partir tout le monde quand arrive son soupirant qui lui avoue son identité. Heureusement elle prend la révélation avec philosophie et explique qu'elle a fait comme lui et qu'elle n'est que la servante. Les tourteaux décident alors de laisser les choses comme elles sont. Dorante est donc le seul à ne pas savoir que celle qu'il convoite est Silvia. Il lui avoue tout de même son amour avec fougue.

La pièce finit sur une scène où tous les personnages sont présents. Dorante apprend enfin la vérité et s'en réjouit. Nos deux couples repartent en roucoulant et le bonheur dégouline de partout.

 

Sache ami lecteur que j'ai eu le plaisir de voir cette pièce sur scène et que c'est vachement bien. Si tu ne connaissais pas cette histoire digne d'un soap du 18ième siècle, je suis contente que tu en saches un peu plus. Peut-être même que ça t'aura donné envie de te frotter un peu à Marivaux qui a écrit des tonnes de comédies de ce genre, où c'est un joyeux bordel. Rendez-vous bientôt pour un deuxième numéro d'Un classique pour les nuls. D'ailleurs s'il y a un classique que tu n'as pas envie de te coltiner -ou qu'il t'a ennuyé au point de l'abandonner- n'hésite pas à me le dire, je le résumerais pour toi...

Cet article a déjà été publié en 2012 mais notre public étant alors plus que restreint, j'ai eu envie de le remettre en avant.