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Édition : Pocket

Parution : 2002

Classement : Histoire

Depuis quelques temps, lorsque j'ai envie d'avoir ma dose d'ouvrages de témoignages historiques, je préfère me tourner du côté des bourreaux. C'est à dire que l'aspect psychologique de la question m'interpelle. Dans le devoir de mémoire – et peu importe de quel crime contre l'humanité on parle – un des dangers est de croire que ceux qui ont perpétré les actes en question sont seulement des monstres sortis de je ne sais quelle mythologie ou fantasme. Dire que tel ou tel criminel avait des aspects humains, voir séduisants, c'est comprendre à quel point l'horreur peut être réitérée. Comprendre se n'est pas absoudre mais c'est tenter de ne pas oublier que l'être humain est réellement capable de basculer vers le mal et donc qu'idéalement il ne faudrait jamais relâcher notre vigilance. Lorsque j'ai pris connaissance de l'ouvrage d'Helga Schneider, j'ai naturellement pensé que ce récit pouvait être passionnant :

Elles ne se sont pas vues depuis trente ans. Car cette vieillarde qui s'éteint dans une maison de retraite en Autriche n'est pas une mère comme les autres. C'est un monstre. Un monstre qui, par conviction fanatique, a abandonné ses enfants en pleine guerre pour devenir, dans la SS, gardienne de camp de concentration.

Alors qu'elle s'était juré de ne plus jamais revoir sa mère, Helga Schneider répond à son appel Prisonnière de ses sentiments ambivalents, elle tombe dans le piège que lui tend son passé...

A mes yeux ce court témoignage est inestimable et d'une cruauté terrible. Ce qui me semble passionnant dans cette rencontre entre Helga et sa mère, ancienne gardienne d'un camp de la mort c'est ce qui apparaît d'humain dans leurs échanges. C'est un récit brute, les sensations et émotions de madame Schneider sont sans artifice, pris comme sur le vif. On sent que la fille garde l'esprit infime de trouver enfin quelque chose de maternel ou encore des regrets chez cette vieille femme au passé monstrueux. Rapidement on se rend à l'évidence : un pardon ne saurait être envisageable. Alors Helga questionne, interroge, cherche une humanité dans l'horreur absolue. Elle harcèle presque sa mère. Et paie chaque vérité au prix fort. Cette mère qui abandonna ses enfants pour devenir un rouage efficace de la machinerie nazie est devenue une petite vieille qui perds un peu la tête. Elle est seulement humaine.

Un épisode du récit m'a particulièrement intéressée, lorsque Helga explique qu'elle a participé, enfant, entraînée par l'effet de groupe, à un acte de violence contre deux Juifs. Et on comprends comme l'horreur doit parfois être facile et c'est assez terrifiant. Les questions viennent : à quel moment est-ce que moi je basculerai du côté des monstres ? Serais-je capable d'être bourreau ? L'impossibilité de répondre en toute conscience, de se rassurer, peut être effrayant mais je pense que regarder la réalité des choses, qu'enlever tout fantasme et ne pas croire que le Mal nous est forcément étranger, c'est faire ce devoir de mémoire indispensable.