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Édition : GF-Flammarion

Parution : 1850, 1982 pour la présente édition

Genre : classique

 

Classique de la littérature nord américaine, La Lettre écarlate est étudié dans les écoles et a été mainte fois adapté au cinéma. Cela faisait déjà quelques années que je voulais lire ce court roman mais que je n'en avais pas eu l'occasion. Rappelons tout d'abord de quoi il est question dans ce récit :

La Lettre écarlate, c'est la marque au fer rouge qui désigne la femme adultère dans l'Amérique au puritanisme obsessionnel de l'époque coloniale. Trois personnages : Hester qui vit avec une dignité admirable sa faute et sa solitude. Arthur Dimmesdale, le jeune pasteur dont les élans mystiques soulèvent à Boston l'enthousiasme des fidèles mais qui, ensorcelé par Hester, ne parvient ni à dominer ni à vivre sa sensualité. Chillingworth, le mari, qui pendant des années tourmentera en silence le pasteur jusqu'à la folie et à la mort. Le premier des grands romans américains, la clef d'une sensibilité nationale toujours partagée entre la tentation du scandale et le démon de la culpabilité.

 

Dans un certain nombre d'avis, sur les blogs et forums, j'ai lu beaucoup de choses sur le long prologue qui en a rebuté plus d'un. Pour moi, malgré son aspect un peu indigeste, on ne peut réellement avoir accès à l'œuvre de monsieur Hawthorne sans le lire avec attention. Si on veut aller au-delà de la simple tragédie, d'un simple mélodrame que constitue La lettre écarlate, il faut en passer par là. Comme finalement beaucoup de roman des 18 et 19ième siècle, cet ouvrage est une œuvre à clefs et le prologue nous aide vraiment à en déverrouiller une partie.

Le prologue en question est en grande partie autobiographique et on peut déjà y découvrir tout ce qui fait de La Lettre écarlate un roman à part. Ainsi l'auteur nous dévoile son rapport ambiguë avec le puritanisme en faisant entrer en scène un dialogue imaginaire avec ces ancêtres. En effet, Nathaniel descend d'un des juges qui a été impitoyable durant le célèbre procès des sorcières de Salem. On sent d'ailleurs l'auteur comme partagé entre l'ordre moral et son rejet de l'extrémisme puritain. Tout le contraste du récit commence ici.

Sans cesse, dans le roman de monsieur Hawthorne, l'ordre des choses est bousculé. Le couple de pécheurs, au lieu de se diriger vers la rédemption -comme semble nous le faire penser certains événements- chemine en fait vers un apaisement du remord de leurs fautes. Pour cela, les victimes présumés deviennent les bourreaux véritables. Le mari d'Hester ne cessera d'être le tourmenteur de l'amant tandis que l'enfant, Pearl prendra régulièrement les traits d'une persécutrice pour sa propre mère.

Dans ce roman, tout est double, tout est à sens multiple. A mon humble avis, les contrastes entre vérité/mensonge, civilisation/nature et vie/mort ne sont pas l'aspect le plus fascinant du récit. A mes yeux, ce qui rend ce roman admirable c'est le cheminement de l'héroïne. C'est lorsqu'elle vit loin de toute société, avec pour seule compagnie l'enfant engendré de la faute, qu'elle éprouve le plus le poids de la morale. Quant ensuite son existence prend l'apparence de la plus complète rédemption on comprend qu'elle se libère enfin de son péché, non en le regrettant, mais en se le pardonnant.

Ces multiples complexités sont sans doute passionnantes et classe La Lettre écarlate comme une œuvre d'une grande importance littéraire. Il n'en reste pas moins que je n'ai pas éprouvé un plaisir autre qu'intellectuel et si je n'avais pas un intérêt véritable pour la littérature, cette tragédie amoureuse m'aurait surtout ennuyée.

 

Note en tant qu'œuvre culturelle : 14 / 20

Note en tant que lecture de divertissement : 11,5 / 20