9782742737314 

Édition : Acte Sud

Collection : Babel

Parution : 2002

Classement : roman

 

Passionnée de littérature -surtout française, anglaise et russe-, je dois avouer que j'ai très peu lu de littérature japonaise. Pourtant, au gré de mes balades sur les forums et blog, le nom de Yoko Ogawa revenait fréquemment. Résolue à explorer davantage le monde au fil des pages, je choisissais un ouvrage de madame Ogawa grâce à l'attrait de sa quatrième de couverture :


Mari tient avec sa mère un hôtel modeste au bord de la mer. La tranquillité de l'établissement est un soir troublée par une altercation entre une prostituée et un vieil homme. Marquée par l'élégance tranquille et imposante du client à l'origine du scandale, la jeune fille de dix-sept ans ne pourra résister à le suivre lorsqu'elle le croisera par hasard dans la ville. Une relation forte, née d'une réelle affection, mais aussi des désirs et des affects les plus obscurs et honteux, naîtra entre Mari et le vieux traducteur solitaire.

 

Tout d'abord, disons que pour mon envie de découverte d'autres pays, on peut dire que je me suis bien plantée. Parce qu'Hôtel Iris reste mystérieux autant dans sa géographie que dans sa temporalité. Quand ? L'écoulement du temps n'existe que par les signes des saisons et bien que je me sois imaginée tout le récit en noir et blanc, rien ne nous indique quand l'histoire a lieu. Où ? Pareillement nous ne savons rien. Le Japon n'est pas présent, jamais. Qui ? Les personnages ne sont jamais nommés à part l'héroïne qui porte un prénom presque universel : Mari. La mère, le Traducteur, la Femme de ménage. L'auteur semble nous dire que l'important n'est ni le cadre ni le milieu mais bien les relations entre les personnages.

Commençons tout d'abord par l'histoire principale du roman : la relation entre Mari et le vieux monsieur. Bien sur ce couple improbable et malsain joue sur notre fascination / répulsion jusqu'à la page finale. Ogawa réussit, malgré notre malaise, à rendre tout supportable, même cette liaison perverse et sado-masochiste entre une très jeune fille de 17 ans et un homme âgé. Certaines scènes sont un peu crues -à déconseiller aux âmes sensibles- mais jamais vulgaires.

Finalement c'est un roman du contraste que nous livre l'auteur japonais. Contraste entre la jeunesse et la vieillesse, contraste entre la maladresse du traducteur dans certaines scènes, sa timidité et sa violence, sa domination dans les scènes de sexe. Contraste aussi entre l'écriture douce et fluide d'Ogawa, une plume pleine de délicatesse et de noblesse et la relation dure et violente de nos personnages. Si les relations du traducteur et de Mari nous mettent souvent mal à l'aise, je trouve qu'il en est de même pour les rapports qu'ont la réceptionniste avec sa mère. Pour moi la violence est ici tout aussi choquante que dans les scènes masochistes. La manière dont la mère néglige sa fille tout en la maltraitant sous couvert de la coiffer est très brutale. D'ailleurs toute l'œuvre se cristallise autour de cette chevelure. SPOILER les cheveux longs, très beaux, de Mari seraient le symbole de l'innocence peut-être aussi de la prison intérieur dans laquelle est l'héroïne, La chevelure est d'abord maltraitée par la mère et sacralisée en même temps puisque la Femme de ménage n'ose pas voler les objets qui la concernent. Le premier geste qu'a le traducteur est aussi pour les cheveux de Mari. Tout est contenu en eux jusqu'au sacrifice final lorsque la chevelure est coupée à la fin de l'ouvrage. Après il est dit que la mère ne touche plus à Mari. SPOILER FIN Finalement je ne suis pas sûr que ce roman soit celui de l'asservissement volontaire d'une jeune fille, je pense au contraire qu'il nous parle d'une forme de libération. Libération malsaine qu'Ogawa parvient grâce à son immense talent à rendre sublime.

 

NOTE GLOBALE : 17 / 20